BAKOUMA ET BANIA EN COLERE
C’était avec un soupire de soulagement que la population de Bakouma dans le Mbomou avait accueilli la nouvelle de la reprise de l’exploitation de l’uranium par la Société sud-africaine URAMINE. Elle applaudissait à se rompre les bras les déclarations des officiels qui se rendaient enfin dans leur cité, qui semblait couper du monde, depuis le départ de URBA et des japonais dans les années 80. Bakouma à l’époque n’était plus que l’ombre d’elle-même et il faillait des heures pour faire le tronçon Bangassou Bakouma. Mais depuis la présence de Uramin, Bakouma a retrouvé le sourire. Mais ce sourire avec ce qui se passe maintenant risque de n’être que de courte durée.
Avec les travaux de recherches opérées par Uramin, bon nombre de jeunes valides de Bakouma, qui n’avaient comme toute activité que les travaux champêtres, ont été embauchés par la société et ils peuvent au moins se targuer d’avoir dorénavant une activité génératrice de revenus. Les jeunes partent de Bangassou, Nzako, Irabanda dans la Haute Kotto pour Bakouma, devenu un véritable pôle d’attraction. Depuis un certain temps les jeunes de Bakouma et des environs, notamment du Mbomou, commencent à se grincer les dents et le grogne s’installe peu à peu, créant un climat malsain au sein de la population. Notre correspondant dans le Mbomou à Bangassou au parfum de ce qui se passe sur le terrain a tout fait pour s’y rendre. Il a constaté avec émoi nous raconte t-il qu’une atmosphère délétère semble régner à Bakouma. Très discrètes, les populations de la région se confient difficilement. Mais quelques jeunes écoeurés par ce qui se passe ont décidé de s’ouvrir à notre envoyé spécial. Au cours de leurs conversations, les jeunes disent ne plus rien comprendre dans ce que fait le gouvernement à Bakouma. Selon les jeunes, certains ministres du gouvernement inondent Bakouma de leurs parents qu’ils prennent dans les Préfectures très lointaines pour les débarquer à Uramin avec injonctions aux responsables de la société de les embaucher. Trois vagues ont ainsi été débarquées à Bakouma. Dans un premier temps, selon des informations recueillies auprès de la population par notre envoyé spécial, un groupe de six (6) ingénieurs des Mines, tous de la même ethnie et de la même région que le ministre de tutelle ont été débarqués à Uramin pour emploi. Pour la population, qui ne dit pas mot, mais qui ne cause pas, elle trouve curieux que des cadres d’une même ethnie et d’une même région débarquent à Bakouma, comme si la République n’avait des cadres d’autres ethnies. Un mixage avec des cadres d’autres ethnies se comprendrait. Mais puisque les jeunes de Bakouma n’ont pas la formation et la compétence de ces ingénieurs, ils ont avalé la couleuvre. Mais ce qui a le plus choqué, c’est qu’il y a une deuxième et troisième vague des ouvriers d’une même région et d’une même ethnie débarqués pour opérer comme ouvriers sur les chantiers en lieu et place des bras valides de Bakouma et des environs. La grogne au départ latente a tendance à s’extérioriser puis que les langues se délient et considèrent que le gouvernement leur a fait des promesses d’emploi qu’il ne respecte pas. Que la nouvelle éclate un jour en plein débat de l’Assemblée Nationale par Mme la députée de Bakouma, cela n’étonnera personne car cette ruée vers l’or d’un autre genre n’est plus qu’un « secret de Polichinelle ». Que dit le cahier de charges de Uramin à ce sujet ? Personne ne le sait. Mais selon notre correspondant, les autorités disent que les emplois devaient êtres réservés prioritairement aux autochtones de Bakouma et des environs. Avec ce qui se passe, le gouvernement préfère résorber les chômages dans la région des privilégiés au détriment du Mbomou. A peu de chose près, la population de Bania vit la même situation que celle de Bakouma avec la Société Minière GEM installée à Likaya. Les plus influents du gouvernement y drainent parents, cousins, neveux, cadets et autres, chômeurs ailleurs ou cultivateurs a Likaya pour être embauchés par la Société GEM. Les responsables de la Société, pour mener tranquillement leurs affaires et ne pas avoir de friction avec les autorités, accordent la préférence à ceux qui leur proposent les Ministres influents, au détriment de la main d’œuvre locale, qui n’a que ces yeux pour pleurer. A Likaya et à Bania, la population autochtone cache mal sa colère. Pour elle, le tribalisme et le régionalisme de certains membres du gouvernement crèvent les yeux. Lundi 19 Février 2007
Guillaume Kiringuiza
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