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Le Confident

Version web du quotidien privé et indépendant d'information. LE CONFIDENT, Surl - Directeur de Publication: Mathurin Momet - BP 427 Bangui - République Centrafricaine Tél.:+236 75 04 64 14 e-mail: leconfident2000@yahoo.fr

ENFIN MARTIN ZIGUELE SE PRONONCE SUR L'ETAT DU PAYS ET DU MLPC



Martin Ziguélé
Martin Ziguélé
Le Confident : M. Martin Ziguelé vous êtes ancien Premier ministre et candidat malheureux à la présidentielle de mars et mai 2005. Quelles sont les raisons qui vous ont conduit à quitter Bangui au lieu d’y rester pour animer la vie politique nationale et préparer les échéances électorales de 2010 ?
Martin Ziguele: Je voudrais tout d’abord vous féliciter pour le professionnalisme dont vous faites preuve en m’interviewant , car vous auriez pu préférer céder à la facilité ambiante en vous contentant de colporter des rumeurs et des ragots. Je vous remercie également pour cette occasion que vous m’offrez de m’exprimer et de m’adresser, à travers votre journal, à mes compatriotes.
Je réponds maintenant à votre question. Après le coup d’Etat du 15 mars 2003, je m’étais réfugié d’abord au BONUCA, puis ensuite à l’Ambassade de France à Bangui quelques jours plus tard. Je n’avais aucune intention de quitter la RCA. En effet, après douze années ininterrompues passées à l’étranger, je ne voulais plus repartir et j’attendais le retour à l’ordre et à une sécurité minimale après ces évènements pour sortir de l’Ambassade de France. Malheureusement, l’esprit de vengeance et d’inquisition développé contre moi m’a poussé à quitter mon pays contre mon gré et à demander l’asile politique à la France.
Donc depuis juin 2003, je vis en France avec ma famille, et ne pouvant rester les bras croisés, j’ai décidé de démarrer et de développer des activités de consultant international. A ce titre, j’avais pris des engagements auprès de partenaires qui m’ont fait confiance au moment où j’étais pratiquement infréquentable. Je me devais donc, après ces élections, d’honorer mes engagements et aujourd’hui c’est ce que je suis entrain de faire.
Cependant, mon objectif premier reste intangible: je dois rentrer le plus tôt possible en République centrafricaine , mon pays que j’adore, pour préparer l’avenir avec mon Parti, le MLPC, dans le cadre de l’Union des Forces Vives de la Nation, et dans la légalité. Et je m’y prépare activement.

LC. : Quelle est votre lecture de la crise qui secoue présentement le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC) et fragilise l’Union des Forces Vives de la Nations (UFVN) ?
M.Z. : Dans toute famille, qu’elle soit biologique ou politique, des divergences de vue tactiques ou stratégiques peuvent apparaître. Le MLPC étant un grand parti, donc une grande famille, de tels évènements, malgré leurs nuisances indéniables, ne doivent pas surprendre outre mesure. L’essentiel est que le Parti, c’est-à-dire l’ensemble de nos militantes et militants sans exclusive, se ressaisisse à temps et ne se trompe ni d’adversaires ni d’objectifs : si le MLPC veut reconquérir par les urnes le pouvoir qu’il a perdu par les armes en 2003, ce n’est sûrement pas en nous auto- flagellant ni en pratiquant cette scissiparité absurde qui consiste à s’enfermer dans des valeurs refuges négatives.
Si nous voulons que la majorité des centrafricaines et de centrafricains nous accorde à nouveau leur confiance demain, alors il nous faut leur donner dès aujourd’hui des preuves d’humilité, de tolérance réciproque, d’ouverture d’esprit et d’acceptation de la critique et à l’autocritique : il nous faut rassembler le maximum possible de centrafricaines et de centrafricains autour des idéaux de progrès, de justice et de paix que nous devons promouvoir. Cela signifie concrètement que nous devons surpasser nos replis et nos égoïsmes pour nous donner les moyens de restructurer et de renforcer toutes les structures et tous les organes du Parti, dont j’ai personnellement constaté la pusillanimité dans beaucoup de régions du pays pendant la campagne électorale au cours de la quelle, comme vous le savez, j’ai parcouru la quasi-totalité du pays.
La crise actuelle du MLPC, avec les excommunications réciproques, les « nominations » et cooptations des dirigeants, ainsi que les sanctions croisées , avec un grand renfort publicitaire par médias interposées, est clairement identifiable comme une crise de légitimité de son leadership, et au-delà , également comme une crise d’identité.
Nos militantes et militants sont toujours massivement attachés au Parti. C’est un acquis important qui permettra de mettre en œuvre la seule solution viable qui , d’après moi, consiste en la restructuration et en la revitalisation nécessaires des organes du Parti. Les dirigeants des différents organes restructurés et/ou renouvelés démocratiquement, auront la légitimité nécessaire pour envoyer au prochain congrès des délégués eux-mêmes légitimes ou légitimés, afin de mettre en place les structures faîtières et leurs animateurs de ce fait légitimes ou re-légitimés. Et forts de cette légitimité, ils seront à même , conformément aux dispositions statutaires, et dans le respect scrupuleux des devoirs de critique et de l’autocritique, et du principe du centralisme démocratique, d’imprimer au Parti un nouveau départ, plus fort et plus uni. Le statu quo est un soutien objectif aux adversaires du MLPC comme force politique devant et pouvant constituer une alternative crédible.

L.C. : Êtes–vous optimiste quant à l’avenir de ce parti politique ?
M.Z. : Je suis optimiste quand je vois la détermination des militantes et militants du MLPC, des jeunes du MLJC et des femmes de l’OLFC à maintenir le Parti uni et fort. Mais comme je le sais d’expérience, la situation actuelle arrange les adversaires du MLPC qui souhaitent que cette situation perdure et que le Parti s’affaiblisse davantage.
C’est pour cela que je profite de vos colonnes pour demander à toutes et à tous mes camarades de rester unis dans le Parti, et à tous ceux qui ont de la sympathie pour nous de nous aider à surmonter ce cap difficile. En ma qualité de membre du Conseil Politique National du MLPC, mais surtout en ma qualité de simple militant ayant accepté de représenter le Parti aux dernières élections présidentielles dans des conditions difficiles, j’interpelle tous les membres du Bureau Politique et du CPN du MLPC de ne pas trahir le Parti, et de penser à tous nos camarades qui sont tombés depuis 1979, 1982, 1996/ 1997 et 2001/2003 et encore aujourd’hui. Sauver le Parti , c’est accepter de nous retrouver au Congrès pour tracer les voies du futur et repartir sur des bases solides.
Dans l’intérêt de la démocratie centrafricaine, il faut que le MLPC reste uni, efficace et grand. Aucun démocrate digne de ce nom ne doit accepter que les partis politiques , animateurs de la démocratie pluraliste, perdent de leur substance , surtout dans un pays comme le nôtre où l’autoritarisme politique est une seconde nature de nos dirigeants. Il y va de l’avenir de la démocratie dans notre pays et de la vie de nos compatriotes. Et à cela, tous mes camarades militantes et militants du MLPC et de l’UFVN doivent tenir.

L.C.: Seriez-vous candidat à la prochaine présidence du MLPC ?
M.Z. Je suis militant du MLPC depuis 1979, donc depuis l’âge de 22 ans.. Aujourd’hui j’ai presque 49 ans, cela veut dire que j’ai totalisé 27 ans de vie militante au MLPC sans discontinuité, sans trahison ni transhumance. Je suis membre du Conseil Politique National du Parti, j’ai accepté dans des conditions difficiles d’être Premier Ministre MLPC avec la bénédiction et le soutien exprimé par communiqué du Bureau Politique du Parti. J’ai participé aux dernières élections comme candidat de précaution désigné par le Parti lors de primaires ouvertes à d’autres camarades prétendants. J’ai donc toujours répondu présent quand le Parti a besoin de moi . Il découle de tout ce qui précède qu’hier comme aujourd’hui, je suis à la disposition du Parti.
Je suis un homme de devoir, et je ne recule ni devant le devoir ni devant l’adversité, et je crois en avoir fait la preuve lors de ces élections . Je prends mes responsabilités en toutes circonstances, en harmonie avec le Parti et conformément aux dispositions statutaires du Parti. Et pour moi l’urgence aujourd’hui c’est d’ aider mon Parti à s’affirmer comme une force de propositions et comme une alternative politique crédible pour notre pays. Le MLPC aujourd’hui a pour devoir de combattre les injustices et la misère dont nos compatriotes sont victimes chaque jour en RCA,. Les derniers événements qui ont eu lieu en début de cette année nous interpellent , car ils sont anti-républicains , graves et inquiétants. Nous assistons à une dégradation vertigineuse de la situation des droits de l’homme en RCA , sans parler des conditions de vie de nos compatriotes. Voilà les urgences pour le MLPC, parti d’avant-garde et parti de masse.

L.C. : Depuis la dernière élection, avez-vous rencontré l’ancien Président Patassé et aussi Jean-Jacques Demafouth ?
M.Z. : Non

L.C.: La République Centrafricaine connaît depuis la transition jusqu’à ce jour de graves difficultés financières malgré les aides extérieures et organisation de l’opération recensement - paiement. Comment peut - on y remédier ?
M.Z. La question devrait être posée au candidat BOZIZE qui avait fait des promesses en matière de redressement économique et financier pendant la campagne électorale. C’est maintenant qu’il doit réaliser ce qu’il a promettait urbi et orbi, et les centrafricains doivent l’interpeller là-dessus. En ce qui me concerne , des camarades du MLPC et de l’UFVN et moi-même menons actuellement des réflexions autour d’un projet de société cohérent et viable afin de relever les grands défis qui nous attendent, le jour où les centrafricains nous feront confiance par les urnes.
Comme je suis démocrate et républicain, je répondrai quand même à votre question : dans le cas de la RCA, le ver est dans le fruit et il faut remonter aux causes du mal. Quand le 15 mars 2003 les hommes en armes du Général BOZIZE sont entrés dans Bangui, c’était l’aboutissement d’une rébellion qui a détruit, pillé et saccagé l’arrière-pays. Ils avaient pillé et/ou tout détruit à leur passage. L’arrière-pays est revenu à l’économie de troc et s’est démonétisé. Des quelques centaines de sociétés qui payaient des taxes à l’Etat, il n’en reste plus que deux dizaines.
Comment peut-on, dans ces conditions réaliser d’importantes rentrées fiscales ? Plus grave, depuis ce qui a été appelé le «sursaut patriotique», d’importantes aides financières ont été accordées à l’Etat centrafricain tantôt par la CEMAC , la BEAC, la France , la Chine et j’en passe, mais son impécuniosité s’aggrave plutôt. Alors, je me pose des questions surtout lorsque je me rappelle que lorsque j’étais Chef de Gouvernement je n’ai reçu aucune aide extérieure, mais nous arrivions malgré tout à payer les fonctionnaires au plus tard tous les 45 jours.
Quant au « contrôle-paiement », mêmes si les intention s tétaient bonnes, force est de constater que c’est de la poudre aux yeux : les ministères où les plus importantes fraudes aux salaires ont été détectées sont épargnées de toutes sanctions, et des fraudeurs bien nés et haut placés sont épargnés mais leurs collègues sanctionnés. Deux poids, deux mesures, et beaucoup de bruit pour rien.

L.C. : L’insécurité et les violations des droits de l’Homme démotivent les investisseurs et partenaires au développement de la République Centrafricaine. Comment peut-on éradiquer ces deux maux qui bloquent le développement de ce pays ?
M.Z. : Je me souviens des déclarations du Président BOZIZE qui affirmait encore récemment que la sécurité est revenue à 100% à Bangui et à 80% à l’intérieur du pays. Aurait-on donc envoyé des contingents de la FOMUC, des FACA et de la France pour combattre une insécurité qui n’existe pas ou qui est résiduelle ?
Tout le monde sait que l’insécurité qui règne dans le pays est le fait des bandes armées issues des rangs des anciens compagnons du Général BOZIZE, puisque les coupeurs de route qui sont apparus dans notre pays depuis les années 1980 n’ont jamais eu une telle capacité de nuisance. C’est au Général d’armée BOZIZE que revient à plus d’un titre le devoir de ramener la paix et la sérénité sur tout le territoire et en particulier dans les régions Nord, Nord-Ouest et Nord-Est du pays. Les violations quotidiennes des Droits de l’Homme sont aussi le fait des actes de sa garde personnelle à laquelle il doit rappeler les principes d’une force armée républicaine. Tout comme il doit cesser de laisser impunis tous les crimes crapuleux qui ont lieu de manière permanente.

L.C. : Des bandes armées à l’instar de l’UFR demandent la démission du président Bozize. Qu’en pensez-vous ?
M.Z. Je suis démocrate et républicain , et respectueux de la légalité : je l’ai suffisamment prouvé me semble- t’il. Vous savez également que je suis militant du MLPC qui est un parti légalement reconnu en RCA , qui a pignon sur rue, et que j’ai représenté aux dernières élections présidentielles.

L.C. : En votre qualité d’ancien Premier ministre approuvez-vous la démarche du Président Bozizé qui veut légiférer par ordonnances ?
M.Z. Fallait-il dépenser des milliards dans un pays exsangue comme la RCA pour organiser des élections législatives et six mois plus tard renvoyer l’Assemblée Nationale en congés et permettre au Chef de l’Exécutif de légiférer par ordonnances ? Cela est une régression constitutionnelle inacceptable qui rappelle que ce pouvoir est toujours imprégné de la culture des pouvoirs d’exception, car on ne peut pas dire qu’on est en démocratie et dans le même temps gouverner par ordonnances en temps de paix. C’est antinomique.
Je félicite les Députés MLPC et de l’UFVN qui se sont farouchement opposés au vote de ce texte. De deux choses, l’une : soit nous sommes en démocratie et les lois doivent être votées à l’Assemblée Nationale, soit nous sommes dans une dictature et dans ce cas il ne fallait pas distraire nos maigres ressources pour organiser des élections dont sont issues des institutions que le pouvoir vide aussitôt de sa substance. Je crains que nous soyons en train de glisser vers une dictature qui ne dit pas son nom, une dictature grise. Le peuple centrafricain acceptera -t’il cela ?

L.C. : Avez-vous des contacts avec le président Bozize ?
M.Z. Non , aucun contact.

L.C. : A quand votre retour à Bangui ?
M.Z. Je vais rentrer très bientôt au pays. Je profite de cette occasion que vous m’accorder pour appeler tous mes compatriotes des quartiers Nord de Bangui à l’apaisement afin d’éviter de tomber dans l’irréparable. Je les exhorte de toutes mes forces à continuer à cultiver l’amour, la paix et l’unité, vertus sans lesquelles notre cher et beau pays ne retrouvera jamais le chemin du développement. Pour terminer je souhaite à tous mes compatriotes sans exception, aux militantes et militants du MLPC et de l’UFVN une bonne et heureuse année 2006 pleine d’espoir pour l’avenir de notre patrie, la République Centrafricaine. Bonne et Heureuse Année 2006 ! Nzapa a bata é koué na ya ti fini ngou so !
Propos recueillis par

Mardi 7 Février 2006
propos recueillis par MCN-M
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