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ENTRE LE COMBAT POUR LE BEEFTEACK ET L’ENGAGEMENT POLITIQUE

Mais tout simplement, je n’aime pas les conservateurs, parce que leur nom commence mal. D’autre part, j’éprouve une pitié cosmique pour ceux qui trouvent de l’extase pavlovienne dans la résolution verbale, et qui aboient en piétinant pendant que la caravane passe.



Car en cette période où tout combat politique se résulte au gagne pain, on peut s’honorer à dire que la véritable raison fuit les extrémités. Cette vieille sagesse me parait complètement oubliée et les Centrafricains d’aujourd’hui, se divisent en deux catégories : ceux qui affirment que tout est parfait et ne souffrent aucune suggestion, et ceux qui trouvent la magique idéologie de déclarer haut et fort que rien n’a été fait depuis l’Indépendance, les jusqu’au-boutistes du NON, les opposants professionnels, les aveugles par vocation.

Des premiers, je ne dirai rien que ceci : ils comprennent eux-mêmes combien il est absurde et ridicule de prétendre détenir le monopole de la raison.

Quand aux seconds, ils affirment avoir beaucoup reçu spirituellement. Peut-être serait-il temps de beaucoup leur demander ?

Je me pose moi-même la question. De qui s’agit-il exactement ? il s’agit des nouveaux disciplines de Sénèque, le philosophe qui conseillait à l’époque de se contenter de peu et qui vivait dans un luxe extrême, en somme, des obsédés du dogmatisme, de l’aventurisme et de l’utopie. Il s’agit en fait de ceux qui ont prêté à leur pays les dimensions de leur salle à manger. Chaque fois qu’ils mangent et boivent à satiété ils déclarent « coram populo » que leur pays est le champion du continent, que leur gouvernement est le meilleur du monde, que la corde doit être l’unique salaire des laissés pour compte, pour ne dire des brebis galeuses.

Par contre et si par mégarde, on leur refuse de briguer un poste, la promotion souhaitée ou une décoration enviée, ils crient sur tous les toits au nom du paradis et de l’enfer qu’à l’allure où vont les choses, la Révolution est pour demain et que le jour où elle éclatera il ne restera même pas du goudron sur les routes, précisent-ils. Je vous conseille de ne pas suivre ces caméléons au visage d’homme. Ils vous lâchent le jour où leurs ventres se remplissent. Ce sont les révolutionnaires du ventre. Ils sont plus à plaindre que les cadavres décomposés.

Notre époque est pleine de lunatiques qui prennent l’horizon pour les bornes de la planète, confondent le rêve et la réalité, transforment les verres d’eau en océan déchaînés. Ces maîtres de la dialectique éculée, ces prêtres de la pensée défaitiste qui organisent des messes noires sur l’autel du déterminisme et changent d’habits avec une rapidité d’éclair. Lorsque le soleil cesse de paraître de votre côté, ils vous fuient comme le VIH/SIDA. Ils sont passés maîtres dans l’art de brûler les dieux qu’ils ont adorés ne fusse qu’hier soir.

Devant ces tours et détours, bien malin celui qui arriverait à tracer la ligne de démarcation entre le « Combat pour le beefteack et l’engagement politique ». Tout en critiquant, on nage sur le dos pour arriver. On critique pour ne pas passer pour celui qui hurle avec les loups, mais qui ne dédaigne pas de partager la proie du loup. Je sais que la critique est plus facile qu’une analyse courageuse. Combien je le sais. C’est très tentant de mettre tout ce qui ne va pas sur le compte du gouvernement. Il est plus aisé de nous demander ce que le pays a fait pour nous, que nous interroger sur ce que nous avons fait pour le pays.

Le Centrafricain a toujours un bouc émissaire idéal qu’est le gouvernement. Alors il oublie gratuitement qu’un pays ne peut avoir le gouvernement qu’il mérite.

La critique gratuite est une chose, la réalité de la situation en est une autre. Qu’on me comprenne bien! Je ne prétends pas que le tableau centrafricain soit sans nuages sombres. On a vu l’équation régionale, familiale, sentimentale jouer un rôle démesuré. On a vu des hommes ayant vendu leur âme au diable s’engraisser alors que d’authentiques valeurs n’occupaient que des fonctions subalternes. On a vu des syndicats de malins se partager les gâteaux alors que le peuple fuyait en brousse pour se réfugier soit dans leur propre pays soit dans des pays voisins à cause d’insécurités récurrentes. Mais tout ceci n’est pas aussi humain que centrafricain ?

Dans quel pays donc ne trouve t-on pas d’habile jongleurs perchés aux étapes à force de roublardises ?

Le devoir de chacun de nous, c’est d’essayer de se mettre au-dessus des intérêts du jour, mesquins et périssables, afin que les générations futures puissent dire avec fierté :
« En ces temps-là, en Centrafrique aussi, il y a avait des hommes ».

Mercredi 20 Août 2008
Judes Namseine
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