A la fin du DPI, toutes les entités ont pris l’engagement d’œuvrer à la consolidation de la paix et de l’unité restaurées. Parmi les recettes retenues pour consolider la paix et l’unité il y a le processus électoral et le programme de DDR. Dans l’esprit et la lettre des recommandations du DPI relatives au DDR et aux scrutins de 2010, toutes les parties prenantes à la dernière concertation nationale devaient les gérer consensuellement pour en assurer la transparence. L’objectif recherché étant d’organiser des élections justes, transparentes et sereines pour éviter au peuple centrafricain de connaître encore une autre crise.
La CEI s’est déjugée
Dans un chronogramme daté du 15 décembre 2009, la Commission Électorale Indépendante (CEI) a précisé que le recensement électoral devait durer 42 jours, c’est-à-dire du 28 Décembre 2009 au 7 Février 2010, pour permettre la réactualisation de la population électorale. Selon ce document, la responsabilité de cette opération revenait à la Coordination de la CEI.
A la surprise de la Communauté Nationale et Internationale, le recensement électoral est réduit à une relecture des listes électorales de 2005 par une structure dirigée par Serge Singa, président de la branche KNK du 2ème Arrondissement de Bangui et responsable d’un établissement privé d’enseignement dénommé New -Tech. En principe, après cinq années, il y a des enfants qui ont atteint, voire dépassé l’âge minimum de voter. Ceux-ci doivent être pris en compte.
De même puisque les échéances électorales de 2010 interviennent dans un contexte spécifique de consolidation de la paix et de la réconciliation, le pouvoir et les autres entités doivent réfléchir sur la stratégie à mettre au point en vue de remettre en confiance les personnes déplacées dont l’effectif se chiffre à 162 294 à regagner leurs villes respectives pour élire leur Chef d’État et leurs représentants à l’Assemblée Nationale.
Par ailleurs, suite à la mise en place des comités locaux monocolores, l’opposition démocratique et les groupes politico-militaires ont désavoué leurs délégués qui ont fait le jeu du pouvoir et suspendu leur participation à la CEI. Après la rencontre du président Bozizé avec les composantes de la nation en présence des diplomates et représentants d’organismes internationaux le 30 Janvier 2010, le Médiateur de la République, Monseigneur Paulin Pomodimo, a réussi à dénouer la crise qui s’est installée au sein de la CEI. Le document , qui a matérialisé cette rencontre destinée à sauver le processus électoral est intitulé ‘’ protocole d’Accord Relatif au Fonctionnement de la CEI.
Signé par toutes les parties prenantes aux élections de 2010, ce protocole d’accord précise au point 1. ‘’ Recomposer les Comités locaux, d’Ambassades et de Consulats à partir des listes présentées par les différentes entités composant la CEI dans un bref délai. Or, les représentants de l’opposition démocratique à la CEI n’ont prêté serment que le lundi 1er Mars 2010, et la recomposition des comités locaux d’ambassades et des consulats n’a pas encore été faite.
Dans ce même document et au point 5, les entités impliquées dans le processus électoral ont émis le vœu que les capacités de la CEI soient renforcées avec le concours des partenaires internationaux et de l’expertise nationale. Pour mémoire, au démarrage du processus électoral, des voix s’étaient élevées au sein de l’opposition démocratique et des groupes politico-militaires pour proposer que le traitement de toutes les données par un Cabinet indépendant. Certains partenaires qui adhèrent à cette proposition seraient même prêts à prendre en charge ce cabinet indépendant chargé de traiter les données. Les préalables présentés sommairement ci-dessus n’ayant pas été réglés, le président de la CEI a confondu précipitation et vitesse en proposant la date du 25 Avril pour le déroulement du 1er tour des élections de 2010. Il n’a certainement pas proposé la date du second tour parce que le décret convoquant le corps électoral est resté muet à ce sujet.
L’abcès est percé
La médiation pilotée par le Médiateur de la République a prescrit des remèdes destinés à redynamiser la CEI.
C’est ainsi qu’au point 4 du protocole d’accord, les entités ont consensuellement retenu la mise en place d’un audit Administratif et financier de la CEI. A ce stade, selon des sources proches de la CEI, les membres de la Coordination ne sont pas associés à la gestion des ressources financière. Ils ignorent tout des sources et de la destination des moyens financiers mobilisés par cette institution.
Le président de la CEI et le Directeur de Cabinet, qui n’a pas prêté serment, effectuent des missions, rencontrent des personnalités diplomatiques et étrangères.
En d’autres termes, le président de la CEI, qui est à la fois ordonnateur et exécutant des dépenses, entoure la gestion des ressources financières d’un mystère.
Maintenant qu’il est question d’effectuer un audit administratif et financier, l’opinion publique, qui sera située sur les résultats, pourra dire si les accusations formulées par les membres de CEI sont fondées ou ne visent qu’à le discréditer.
En attendant, la convocation d’un corps électoral, dont on ne connaît pas la taille pour le 25 octobre alors que toutes les conditions ne sont pas réunies pour des scrutins justes, transparents et apaisés est irréaliste et suicidaire pour la République Centrafricaine.