Cette mission pour le président de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme (LCDH) était cruciale, car il allait affiner les derniers témoignages avant la session de confirmation des charges contre Bemba, le chef de Mouvement de libération du Congo (MLC), arrêté depuis le 24 mai 2009, puis transféré en juillet à La Haye (siège de la CPI).
La dépouille ramenée de nuit
La journée de travail a été bien accomplie à Sibut. C’est sur le chemin de retour que le véhicule, que conduisait Me Goungaye serait rentré sous un gros camion garé en plein milieu de la chaussée par l’arrière. Alors que, selon le témoin vivant, le président de la LCDH roulait à une vitesse modérée compte-tenu du brouillard épais qui réduisait la visibilité. L’état de la voiture de Me Morouba, que conduisait son confrère, avait l’air d’avoir subi un choc terrible après l’accident. Des quatre occupants du véhicule (deux femmes et deux hommes), trois ont péri sur le coup, dont Me Goungaye Wanfiyo. Les deux sœurs Yamo qui étaient à bord du véhicule, ont toutes les deux trouvé la mort. Un véhicule, dont on n’a jamais pu identifier le conducteur, a ramené de nuit la dépouille de Me Goungaye Wanfiyo et l’a déposée à la morgue. Les corps des deux dames n’ont été évacués que tardivement, le dimanche 28 décembre 2008, après avoir été dans un premier temps conduits à Damara. A l’annonce du décès de celui qui était considéré comme le défenseur des pauvres, parce qu’avocat des victimes centrafricaines des exactions des événements du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003, l’affliction des victimes des pires exactions que notre pays a connues au cours de son histoire était à son comble. Tous ceux qui fondaient leur espoir sur Me Goungaye Wanfio voyaient brusquement leur rêve brisé, car ils n’osaient plus espérer qu’un jour justice leur sera rendue.
Une lutte farouche qui lui avait créé des ennemis
Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo était un véritable symbole, un prototype de militant. Revenu de France où i l a exercé au barreau de Grenoble pendant douze ans, Me Goungaye s’était automatiquement engagé aux côtés de Me Nicolas Tiangaye (un avocat non moins célèbre), président de la LCDH. Véritable frayeur des régimes, Me Goungaye, pour tous ceux qui l’ont approché et connu, savait ce qu’il voulait et le faisait, non seulement avec méticulosité, mais aussi avec toute la plénitude de ses capacités. Il s’était investi dans la lutte contre l’impunité et pour la défense des droits humains. L’engagement du président de la LCDH n’était pas de nature à laisser tranquilles ceux habitués à fouler allègrement aux pieds les droits de l’homme. Cette lutte ardue pour la justice en faveur des opprimés ne valut pas à Me Goungaye que des applaudissements. Il était devenu celui qui dérangeait, causant l’insomnie aux caciques du pouvoir qui ont quelque chose à se reprocher. Les idées que défendait Me Goungaye ne disparaîtront jamais, car dans son combat il avait fait des adeptes et était devenu pour la société centrafricaine une voix de la conscience collective.
Des témoignages poignants
Le mercredi 7 janvier 2009 ont eu lieu les obsèques de l’acteur d’un combat noble et de celui qui, mort précocement, a été considéré dans les différents témoignages comme un météore qui a illuminé le ciel de Centrafrique. Les témoignages plus émouvants les uns que les autres rivalisaient d’éloquence et de style. Pour son confident Léonard Sonny, « Me Wanfiyo était un homme courageux, malgré les pressions de sa famille, des menaces répétées du pouvoir public, la pression de la CPI et la pression des victimes ». Pour Me Edith Douzima-Lawson, du Réseau des ONG des droits de l’homme, la régularité, la promptitude et la discipline ont caractérisé sa conduite. Me Tiangaye, ancien président et membre fondateur de la LCDH, après avoir relevé la brillante carrière de Me Goungaye, a conclu qu’ils prennent l’engagement de continuer la lutte, car la disparition de Me Goungaye a transformé sa vie en destin. Selon Me Balemby, le bâtonnier de l’Ordre des avocats, il ne faut pas perdre de vue que Me Goungaye est l’un des artisans de la convocation et de la tenue du Dialogue politique inclusif. Dans son témoignage, écrit en forme de prose qu’il a déclamée ce mercredi 7 janvier 2009, Me Zarambaud Assingambi, ancien bâtonnier que « les idées de Me Goungaye sont immortelles ». Le message de Mme Souhayr Belhassem, présidente de la Fédération internationale des ligues des Droits de l’homme (FIDH), délivré par M. Roch Euloge NZOBO, a résumé ce qu’était Me Goungaye en ces termes : « Sans concession, incorruptible et foncièrement indépendant, Goungaye se distinguait par son franc-parler et son courage à dénoncer, inlassablement, les crimes qui se répètent en Centrafrique, à dénoncer leurs auteurs ».
La famille réfute la thèse de l’accident
Depuis le 28 décembre 2008 où la nouvelle du décès de Me Goungaye est tombée dans sa famille comme une véritable bombe, les parents n’ont jamais cru à la thèse de l’accident, si bien qu’au départ, la famille voulait des obsèques purement intimes réservées à la stricte cellule parentale. Mais finalement, les parents ont été convaincus que soient réservées à l’illustre disparu des obsèques officielles. La cérémonie du 7 janvier 2009 a failli être émaillée d’incidents. Il a fallu des pourparlers assez longs et fastidieux pour que le ministre de la Justice de l’époque, M. Thierry Savonarole Maleyombo, accepte finalement de présider les cérémonies. Mais l’ambiance était demeurée lourde car, la décoration, qui a été proposée par le gouvernement, a été rejetée catégoriquement par la famille. Sur la tombe de M’Poko-Ndéré, les mots prononcés par la famille du défunt étaient chargés d’énigmes. Quelques mois après, alors que l’enquête sur les circonstances exactes de l’accident ne semblaient pas progresser, la famille est revenue à la charge, taxant le gouvernement de laxisme parce que, selon la famille, les autorités voulaient masquer la vérité. Pour la famille, Me Goungaye Wanfiyo aurait été assassiné. Elle s’étonne que le procès ouvert à propos de la mort du célèbre défenseur des droits de l’homme ne connaisse pas d’aboutissement jusqu’à présent. Ce procès va de renvoi en renvoi, et certains témoins, susceptibles d’apporter la lumière, ne se présentent jamais. La famille Goungaye estime que le procès-verbal d’accident serait incohérent et semble cacher certaines vérités car, Me Goungaye gênait par ses actions et sa mort aurait arrangé le gouvernement. Depuis la disparition de cette figure emblématique de la promotion et de la défense des droits de l’homme, la lutte n’a plus la sagacité qu’elle avait du temps de Mme Nganatouwa Goungaye Wanfio.
Une période d’accalmie semble s’instaurer et qui donne raison à ceux qui disent que les institutions ne valent que ce que valent les hommes appelés à les diriger… A l’occasion de la célébration du Ier anniversaire de l’accident qui a coûté la vie à Me Nganatouwa Goungaye Wanfio, une messe d’action de grâce a été célébrée le dimanche 27 décembre 2009 en la cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée Conception. La célébration eucharistique, animée par la chorale Foi et Fraternité, et officiée par l’abbé Francis Sinclair SIKI, curé de la cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée Conception, était une occasion pour les amis du célèbre avocat Goungaye de lui rendre un hommage appuyé et mérité.