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Samedi 11 Février 2012
8:22
INTERVIEW

J.BINGUIMALE LE PROBLEME ET LA SOLUTION DE LA CEI

Le 14 janvier 2010, lors d’une conférence de Presse, le Collectif des Forces du Changement exigeait le départ du pasteur Joseph Binguimalé de la présidence de la Commission Electorale Indépendante. Le 30 janvier, le Chef de l’Etat, le général François Bozizé, organise une rencontre et renouvelle sa confiance au pasteur Joseph Binguimalé. Le 1er février 2010, le Collectif fait un débriefing et fait du départ de Joseph Binguimalé une exigence non négociable. Pour M. Gabriel Jean-Edouard Koyambonou, premier vice-président du MLPC et membre du Collectif, les résultats de la rencontre avec le Chef de l’Etat sont mitigés.



Le lundi 1er 2010, le Collectif des Forces du Progrès s’est retrouvé pour analyser la rencontre du samedi 30 janvier 2010 avec le Chef de l’Etat. Quels constats avez-vous faits ?

Gabriel Jean Edouard Koyambonou (GJEK). Nous avons remercié le Président de la République pour cette initiative. Dans les jours qui suivent, le Collectif des Forces du Progrès va faire parvenir un Communiqué à la presse, à la communauté internationale et à toutes les chancelleries installées en République centrafricaine, notre satisfaction relative quant à la tenue de cette rencontre. L’initiative du Chef de l’Etat était bonne, mais tardive. Je parle de la relativité de la satisfaction parce que nous aurions voulu que ce débat se fasse dans un autre cadre. Or, la rencontre de ce samedi s’est passée devant les ambassadeurs et parmi des gens qui n’avaient aucun intérêt à un débat aussi éminemment politique et qui réclame beaucoup de sérénité dans les échanges. Malheureusement, vous avez constaté que, lors des interventions des membres de la CEI, on notait des applaudissements nourris. Donc dans l’enceinte, les pouvoirs publics ont installé des brigades d’applaudissements nourris comme au temps de Bokassa et nous avons déploré cela. Alors qu’une des recommandations du Dialogue Politique Inclusif exige et demande au gouvernement de mettre en place depuis janvier 2009 un Cadre Permanent de Concertation et de Dialogue. Je crois que c’est ce cadre là qui devait être le lieu le mieux indiqué où devait se dérouler ce débat.

Mais ce cadre a été enterré par le Chef de l’Etat lors de la rencontre du 30 janvier 2010 ?
Le Chef de l’Etat a renvoyé la question au Conseil National de la Médiation, parce qu’il était en train de préparer son voyage d’Addis Abeba. Mais le Cadre de Concertation et de Dialogue n’est pas une vue de l’esprit. C’est une recommandation du Dialogue Politique Inclusif parce qu’on s’était rendu compte qu’après les crises militaro-politiques dans notre pays, que c’est le manque de dialogue qui générait les crises. Donc ce n’est pas dans le cadre choisi par le Chef de l’Etat que devait être examinée la crise de la Commission Electorale Indépendante. Mais je demeure optimiste , car le Ministre d’Etat Cyriaque Gonda nous a rassurés que le gouvernement a mis en place une structure étatique pour mener la réflexion afin d’asseoir ce Cadre permanent de Concertation et de Dialogue. Donc la déclaration du Chef de l’Etat est en déphasage par rapport aux actions du gouvernement.

Le Chef de l’Etat a dissout les Comités locaux et a décidé d’un audit à la CEI. Ces actions vous donnent-elles satisfaction ?
Comme j’ai déjà eu à vous le dire, c’est une satisfaction relative et partielle. Pourquoi ? Parce que si vous lisez notre document de déclaration liminaire, qui était le document de référence de cette rencontre avec le Chef de l’Etat, nous avons posé des exigences dont le premier point était la démission du président de la CEI, non négociable pour le Collectif des Forces du Changement. Donc au lieu de s’attaquer à l’essentiel, on est passé à la périphérie. Pour nous, que les comités locaux soient dissouts, c’est un point de marqué. Mais l’essentiel demeure. Puisque le Médiateur de la République a été investi de la responsabilité de poursuivre les négociations, il tentera de résoudre les problèmes en suspens.

Vous semblez insidieusement dire que le problème de la CEI est le Pasteur Binguimalé et la solution, le pasteur Binguimalé ?
Je vous renvoie l’adage qui dit que le poisson commence toujours à pourrir par la tête. Quand le poisson pourrit par la tête, tout le reste est entamé. C’est pourquoi j’ai dit qu’au lieu de s’attaquer à l’essentiel, on s’est attaqué au subsidiaire. Nous félicitons le Chef de l’Etat d’avoir pris l’initiative de cette rencontre, qui a permis à la communauté nationale toute entière d’appréhender la nature des causes réelles du dysfonctionnement de la Commission Electorale Indépendante (CEI).

Et si jamais le Pasteur Joseph Binguimalé ne démissionnait pas, quelle serait l’attitude du Collectif des Forces du Changement ?
Il faut laisser le temps au temps comme le soulignait le Général De Gaulle. Mais le fait de commettre l’audit par rapport aux preuves que nous détenons, les résultats de l’audit détermineront les responsabilités des uns et des autres au sein de la Coordination nationale de la CEI. Le premier résultat de l’audit, c’est de relever les dysfonctionnements, de proposer des mesures correctives et le cas échéant, des mesures pénales peuvent s’imposer. Quand il y a des mesures pénales, j’ai la foi que nous puissions assister à des défaits naturels.

C'est-à-dire ?
S’il est établi qu’il y a des détournements, c’est du domaine pénal. Cela ne ressort plus de la compétence, ni du Chef de l’Etat, ni du Premier Ministre. S’il y a détournement, cela ressort de la compétence du Pouvoir judiciaire entrainant des sanctions pénales avec des peines d’emprisonnement

M. Koyambonou, vous semblez parler sous forme énigmatique, qui visez-vous ?
Je ne vise personne et nous attendons les résultats de l’audit et le collectif insiste pour que les résultats de l’audit soient publiés. Nous n’exigeons que les résultats de l’audit doivent être publiés pour plus de transparence et pour que l’homme de la rue sache pourquoi l’opposition démocratique a insisté dans ses exigences. A un moment donné, on commençait à être considéré comme des pestiférés. On nous diabolisait, mais dès que le temps va nous dire la vérité, nous saurons qui est qui et qui a fait quoi ?

Pour l’intérêt du peuple centrafricain et pour la sérénité du processus électoral, le Collectif des Forces du Changement n’entend-il pas reprendre sa place au sein de la Coordination Nationale de la CEI avant les résultats de l’audit décidé par le Chef de l’Etat ?
C’est ce que nous verrons avec le Médiateur. Nous ne pouvons anticiper sur les résultats des discussions avec le Médiateur, puisqu’au moment où je vous parle, nous ne pouvons encore commencé à débattre des questions contenus dans notre mémorandum. Dans tous les cas, sa disponibilité est totale. S’il n’y avait par la réunion de debriefing, nous aurons pu entamer les débats avec le Médiateur. Nous souhaitons un dénouement heureux et nous verrons avec la réalité du terrain, on avisera.

Peut-on avoir espoir ?
Pour notre pays, on a intérêt d’avoir espoir, car si nous perdons espoir, notre pays risque d’être dans une position difficile pour nous et pour les générations futures et nous n’entendons pas porter ces responsabilités historiques.

Propos recueillis par John Smith
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Vendredi 5 Février 2010

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