LE CONFIDENT (LC) : Quel est le sens que vous donnez à la contribution généreuse de la Chine à la RCA en général et à la récente signature de l’accord de coopération économique et technique en particulier ?
L’AMBASSADEUR SHI HU (SH) : Il existe une amitié profonde entre le peuple chinois et le peuple centrafricain. La Chine et la Centrafrique entretiennent d’étroits rapports de coopération sur de nombreux plans. Quand le Gouvernement et le peuple centrafricains rencontrent des difficultés et ont besoin du soutien et des aides extérieurs, le Gouvernement et le peuple chinois ne pourront jamais rester ni insensibles ni les bras croisés. Il leur incombe le devoir de prêter secours dans la mesure du possible à ses amis centrafricains.
LC : La RCA éprouve en ce moment d’énormes contraintes énergétiques dues à la panne des installations de la centrale hydro-électrique de Boali. Comment la Chine compte-t-elle aider la Centrafrique à trouver une solution satisfaisante à ce problème ?
SH : La partie chinoise partage les mêmes contraintes énergétiques que la Centrafrique et lui exprime sa profonde compassion à cause de fréquentes coupures énergétiques de la centrale hydro-électrique de Boali, qui affecte gravement le développement de l’économie nationale et la vie quotidienne du peuple centrafricain. La partie chinoise a l’intention de financer avec des prêts préférentiels le projet hydro-électrique de Boali. En mars dernier, une banque chinoise a envoyé une mission en Centrafrique qui a effectué sur place des études d’évaluation. Jusqu’à présent, le résultat d’évaluation n’est pas encore publié. A ce que je sais, il y a 10 ans, la situation financière des banques commerciales chinoises était tellement grave que le taux des échéances impayées qui s’élevait à 25%. Grâce à 10 ans de l’assainissement inlassable, selon les chiffres sur l’Internet, jusqu’en juin dernier, le taux des échéances impayées s’est réduit à 5,58%. Il s’agit des progrès remarquables. En vue d’éviter de retomber dans l’ancien cercle vicieux, maintenant, toutes les banques chinoises font preuve d’une extrême prudence avant d’accorder des prêts. Je pense que si le rapport d’évaluation de ladite banque n’est pas rendu public avec tellement de retard, c’est fort possible qu’elle s’inquiète de l’insolvabilité.
LC : La Chine entreprend avec la RCA une relation agissante, à travers le financement de nombreux projets tels que la construction du stade de 20 000 places, de l’Hôpital de l’Amitié et d’un building administratif. Quel sera le prochain domaine d’intervention du Gouvernement chinois ?
SH : A mon avis, pour le moment, nos deux parties doivent concentrer toutes les forces sur les projets en cours tout en créant de nouveaux champs de coopération bilatérale afin d’enrichir la connotation des relations entre nos deux pays. Par exemple, la partie chinoise encourage toujours toutes sortes d’entreprises chinoises performantes et crédibles à investir et à s’implanter en Centrafrique dans le but d’aider le peuple centrafricain à développer son économie.
LC : Comment pouvez-vous apprécier l’avenir et le développement des relations sino-centrafricaines ?
SH : Moi, je suis toujours optimiste. Je suis convaincu que les relations entre nos deux pays offrent une belle et vaste perspective. Je ne dis pas cela sans raison. Premièrement, nos deux pays se sont soutenus mutuellement dans la lutte pour la libération et la défense de la souveraineté nationales, ont supporté ensemble le malheur et la misère, se sont entendus comme des frères. L’amitié entre nos deux peuples est sincère et profonde. En matière du problème de Taiwan qui concerne la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Chine, le Gouvernement centrafricain poursuit fermement la politique d’une seule Chine, soutient la grande cause de la réunification de la Chine. Par exemple, en mars dernier, les autorités de Taiwan ont organisé le référendum sur son adhésion à l’ONU sous le nom de Taiwan, le Gouvernement et l’Assemblée nationale centrafricains l’ont condamné respectivement par des déclarations. En ce qui concerne les graves incidents de violence de Lhassa qui ont eu lieu le 14 mars dernier, le Gouvernement centrafricain s’est opposé fermement au complot de sécession de la Chine par la clique de Dalaï Lama, et a soutenu toutes les mesures nécessaires que le Gouvernement chinois avait prises en vue de rétablir la stabilité des régions où vivent les tibétains. Concernant le fait que les forces occidentales anti-chinoises tentaient de profiter de la passation de la flamme olympique à l’extérieur de la Chine pour provoquer des incidents et ternir l’image de la Chine, le Gouvernement centrafricain s’y est opposé sans ambiguïté et a prêté son appui à la Chine pour l’organisation des Jeux Olympiques. Le Gouvernement et le peuple chinois les apprécient hautement et leur expriment leurs sincères remerciements.
Deuxièmement, actuellement, les rapports de coopération entre nos deux pays sont au beau fixe dans tous les domaines, nos deux gouvernements et nos deux peuples en sont très satisfaits. Bien que la Chine, la plus peuplée du monde et le plus grand pays en voie de développement, soit confrontée à de lourdes tâches de développement et de construction, elle fournit toujours dans la mesure du possible toutes sortes de dons et de soutiens à la Centrafrique. En même temps, en vue d’aider la Centrafrique à renforcer sa capacité de l’auto développement durable, le Gouvernement chinois a accru le nombre de formations à l’intention des cadres centrafricains de toutes catégories confondues. Par exemple, rien que cette année, le Gouvernement chinois forme plus de 160 Centrafricaines et Centrafricains. Au fur et à mesure que l’économie chinoise s’accroît, les aides du Gouvernement chinois en faveur de la Centrafrique se verront augmentées davantage.
Troisièmement, la Centrafrique, avec une vaste étendue du territoire, regorge d’immenses ressources naturelles et renferme une gigantesque potentialité de développement. Le Gouvernement et le peuple centrafricains ont envie de transformer ses riches ressources en atout du développement et de la réduction de la pauvreté. Le Gouvernement et le peuple chinois sont disposés à aider le Gouvernement et le peuple centrafricains à exploiter ses ressources, à développer son économie, à réduire la pauvreté et à améliorer les conditions de vie du peuple centrafricain. Cela offre une vaste perspective aux rapports de coopération multiforme engagés par nos deux pays en général et à ceux des intérêts réciproques et gagnant gagnants en particulier.
LC : La Chine est membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies tandis que le Japon est membre du G8. Malgré les bonnes relations entre les deux pays, n’existe-t-il pas une compétition feutrée qui peut compliquer les relations de l’Afrique avec ces deux pays ?
SH : Tout en maintenant son propre développement, la Chine attache une grande importance au renforcement de ses relations avec tous les pays en voie de développement, y compris les pays africains. Aider effectivement les pays frères africains à réaliser la stabilité, la paix et le développement durable est la politique constante que le Gouvernement chinois pratique depuis toujours. La coopération sino-africaine a remporté d’abondants succès, gagné de fortes adhésions et soutiens des pays africains et apporté de réels bénéfices aux peuples des deux parties. La coopération sino-africaine ne vise aucune partie tierce. Mais elle profite à la coopération entre l’Afrique et les autres pays. Il n’est nullement question de compliquer les relations entre l’Afrique, la Chine et le Japon. La partie chinoise voudrait bien engager des coopérations multilatérales sur le continent africain avec les pays développés y compris le Japon et œuvrer de concert avec eux pour le développement des pays africains. Le Japon n’a pas d’Ambassadeur avec résidence à Bangui. Sinon, j’aurai bien voulu échanger avec lui sur la possibilité de la coopération tripartite en Centrafrique entre la Chine, le Japon et le Gouvernement centrafricain. J’en ai beaucoup discuté en la matière avec la représentante de la Banque Mondiale et les ambassadeurs occidentaux en Centrafrique.
LC : Au Conseil de Sécurité des Nations Unies, sur certaines questions africaines comme les crises du Zimbabwe (soutien à Robert Mugabe) et du Soudan (Darfour ; mandats émis par la CPI), la Chine prend systématiquement le contrepoids de la France et des Etats-Unis, importants bailleurs de fonds occidentaux de l’Afrique. Cette situation ne risque-t-elle pas de relancer la guerre froide, en obligeant les pays africains à choisir entre l’un ou l’autre camp ?
SH : Pour trouver une solution tant aux problèmes du Zimbabwe qu’à ceux du Soudan, l’objectif définitif vise à réaliser la paix, la stabilité et le développement des deux pays et non le contraire. Par conséquent, que les parties concernées cherchent un compromis et une coopération par voie du dialogue politique et du pourparler demeure la seule voie juste pour résoudre les problèmes. En ce moment crucial où les gouvernements zimbabwéen et soudanais engagent respectivement des négociations avec leurs partis d’opposition en vue de parvenir à une solution appropriée, la communauté internationale devrait leur prêter un concours constructif au lieu de leur faire des accusations dénuées de sens, d’imposer des sanctions et de jeter de l’huile sur le feu. Cela n’aidera pas non seulement à la résolution des problèmes, mais y ajoutera de nouveaux facteurs complexes, voire même perturbera ou nuira à l’ambiance des négociations. La position prise par la partie chinoise sur les problèmes du Zimbabwe et du Soudan est juste, responsable et à l’épreuve du temps. Il est tout à fait normal que la partie chinoise ne partage pas les points de vue de certains pays occidentaux sur la manière de régler ces problèmes. Pas la peine de s’étonner ! Cela ne pourra susciter non plus la guerre froide.
LC : Quelle est l’importance que la Chine accorde à la tenue des Jeux olympiques d’été à Beijing ?
SH : 204 pays et régions participent aux JO de Beijing. Il y a au total 11 526 sportifs. Plus de 80 dirigeants d’Etat étaient présents à la cérémonie d’ouverture. Le nombre des pays et régions, celui d’athlètes aux JO et celui des dirigeants d’Etat à la cérémonie d’ouverture sont les plus élevés des olympiades modernes. Le 8 août, la cérémonie d’ouverture des JO de Beijing a été un succès total.
Les spectateurs étaient profondément émus et touchés et le monde entier était réellement surpris et étonné. Le président français Sarkozy a dit : « Si on considère la tenue des JO de Beijing comme un jeu sportif, il est sûr que tout le monde sera d’accord avec lui pour donner la médaille d’or à la Chine ». La réussite de la cérémonie d’ouverture des JO de Beijing annonce les succès des JO de Beijing et a prouvé également que la Chine choisie par le monde comme organisatrice des JO est un succès. Les JO sont non seulement une scène pour les sportifs de réaliser leurs exploits et leurs rêves, mais encore une grandiose fête pour toute l’humanité d’échanger l’amitié et de savourer la paix. Les JO sont une grande réunion de tous les pays du monde et aussi une plate-forme pour les peuples du monde entier de renforcer leur compréhension et d’approfondir leur amitié. L’organisation des JO est un souhait séculaire de la nation chinoise et reflète l’aspiration commune de tout le peuple chinois. La Chine organise les JO à l’occasion du 30è anniversaire de la mise en œuvre de la politique de la réforme et d’ouverture sur l’extérieur. Depuis ces 30 dernières années, le peuple chinois compte sur ses propres forces, déploie des efforts inlassables et fait de la Chine un pays prospère et florissant, tout en contribuant considérablement au développement économique dans le monde et au progrès de la civilisation de l’humanité toute entière. La Chine espère profiter de la tenue des JO pour propulser à une plus grande échelle la généralisation et le développement du sport olympique mondial, faire rayonner encore davantage l’esprit olympique plus haut, plus vite et plus fort, permettre au monde de voir et observer de près la Chine, et de comprendre et connaître mieux la Chine, harmoniser encore plus les liens entre les hommes, entre les pays et entre l’humanité et la nature, promouvoir la paix, le progrès, l’entente et le développement de tous les pays et construire un monde prospère et harmonieux.