Cette sentence doit nous amener sur les paysages politiques en général et celui de notre pays en particulier. Combien d’alliances n’ont pas été faites et défaites depuis l’instauration de notre jeune démocratie en Juillet 1991 ?
Une lutte isolée est suicidaire
La concertation des Forces Démocratiques (CFD), qui avait vu le jour après la disparition du « 4 CN », s’était mise à combattre farouchement le régime Kolingba. Quand il s’est agi d’aller aux élections présidentielle et législatives de 1992, Ange Félix Patassé, débarqué à Bangui, s’est désolidarisé de la CFD, à isoler son parti, pour aller à la présidentielle en solitaire. Dès sa victoire au 2è tour en 1993 face à Abel Goumba, la Concertation des Forces Démocratiques a volé en éclats dans l’opposition, alors que d’autres, notamment les petits partis alimentaires, ont choisi d’aller à la mangeoire en pactisant avec Patassé. Du coup, les membres du front du refus ont préféré créer l’Union des Forces Acquises à la Paix et au Développement (UFAP).
Les débuts de la vraie lutte contre le régime du MLPC a commencé, appuyée par l’Union Syndicale des Travailleurs de Centrafrique (USTC), qui n’avait eu de cesse de combattre le régime du général André Kolingba. L’UFAP, pour des raisons de divergences entretenues par le pouvoir, a connu un éclatement. Et comme les partis politiques de l’opposition savent que, seul, la lutte est suicidaire, ils ont créé le Conseil Démocratique des Partis de l’Opposition (CODEPO). Cette entité regroupait les partis et associations politiques n’ayant pas la même obédience que le MLPC. La lutte en ce temps-là a connu des sommets jamais égalés. Le régime, voyant le danger venir, répondait par une répression aveugle (Incidents graves du stade Boganbonga, arrestation des opposants, bastonnade de M. Sony Colé de l’USTC, bâillonnement de la presse privée indépendante). Le CODEPO n’a pas su résister au jeu des intérêts parfois diamétralement opposés.
Mettre sous boisseau les dissensions
Sur les cendres du CODEPO, d’autres regroupements tels que le GF, regroupant sept partis politiques de l’opposition et le G 11(onze partis) ont vu le jour, mais n’ont pas brillé par des actions spectaculaires. Après les élections législatives de 1998, où la majorité a été faussée par le débauchage d’un député élu sous la bannière de l’opposition, et l’élection présidentielle de 1999, avec des résultats qui n’ont pas reflété la réalité sur le terrain, les partis d’opposition, conscients de ne pas laisser Patassé s’éterniser au pouvoir avec des méthodes peu orthodoxes, ont pris la ferme résolution de se réunir et de mettre en place un ensemble solide, la Concertation des Partis Politiques d’Opposition (CPPO). Les adversaires d’hier ont voulu mettre sous boisseau leurs dissensions et fédérer leurs efforts au service d’une lutte commune. Le régime de Patassé ne supportait que très péniblement les actions pacifiques de la CPPO. Les journées de deuil donnaient l’occasion à la population, qui avait commencé à vomir le régime du MLPC, de se terrer à la maison.
La capitale Bangui à certains endroits prenait l’aspect d’une ville fantôme. Malgré les réquisitions des bus de transport pour conduire les travailleurs en ville, le mal était fait. Les concerts de casseroles, qui provoquaient un tintamarre terrible à la tombée de la nuit, mettaient très mal à l’aise les partenaires et les étrangers installés à Bangui, pendant que les Centrafricains s’en donnaient à cœur joie. Ces actions, qui se sont multipliées par la suite, fragilisaient le régime de Patassé.
Fragiliser et abattre le régime
de Patassé
Entretemps, le général François Bozizé, après une tentative de capture orchestrée par le régime de Patassé et ses sbires, a regagné le maquis et est entré en rébellion ouverte contre le pouvoir de Bangui. Pour asseoir ses bases, pendant que sur le plan intérieur, l’opposition et les syndicats multipliaient les actions et motions d’ordre de grève pour paralyser le régime, certains Centrafricains, pour la plupart non affiliés aux partis politiques et résidant à l’étranger, ont créé la Coordination des Patriotes Centrafricains (PCC).
Cette entité, qui était l’aile politique et l’éminence grise de la rébellion du général François Bozizé était destinée à appuyer l’aile militaire. Les actions étaient coordonnées. Pendant que de l’intérieur l’opposition regroupée travaillait les côtes et les jarrets du régime pour le déstabiliser, la CPC en Europe contribuait à le discréditer et à l’achever sur le plan international. La poutre qui soutenait le régime de Patassé est sérieusement rongée et chancelante. Le fruit mûr tomba le 15 mars 2003, comme une cerise sur le gâteau. Après la chute du régime de Patassé, la CPPO mit un bémol à ses actions et la Transition de 2003 à 2005 fut une période d’accalmie. Mais la Transition, dite consensuelle, n’était pas du goût de tout le monde. Le consensuel n’était que d’apparence, car les actions pour le démontrer ne suivaient pas. Peu à peu les fondements du régime du président François Bozizé ont commencé à s’articuler autour de la région, de la tribu et de l’ethnie.
Les amis d’hier de la Coordination des Partis Politiques d’opposition (CPPO) et ceux de la Coordination des Patriotes Centrafricains (CPC), voyaient le danger venir. Une purge a commencé à être faite, doucement mais savamment, pour écarter tous ceux qui pouvaient faire ombrage aux adeptes ayant rejoint la lutte à la 25è heure quand les dés étaient déjà jetés et que le général François Bozizé avait conquis le pouvoir.
Des divergences susceptibles
de fragiliser l’UFVN
A l’élection présidentielle de 2005, François Bozizé a été brillamment élu. Pour le faire, il s’était appuyé sur la Convergence Nationale, regroupement de plusieurs partis et associations aux intérêts qui divergent et parfois fondamentalement antagonistes. Mais l’essentiel était de soutenir la candidature du candidat François Bozizé. Ceux qui ne se reconnaissaient pas en l’idéologie du régime et certains amis d’hier, entrés par la force des choses dans l’opposition, se sont retrouvés au sein de l’Union des Forces Vives de la Nation (UFVN). La solidarité de l’UFVN est surtout apparue au moment où elle réclamait la tenue du Dialogue Politique Inclusif, jusqu’à la préparation et à l’organisation de ce forum intercentrafricain. Mais dès que le DPI avait clos ses travaux, des divergences ont fait surface par rapport à la mise en place du gouvernement de l’après dialogue, c'est-à-dire du gouvernement dit de consensus. Certains membres de l’UFVN se disaient prêts à entrer au gouvernement sans conditions.
D’autres parmi les plus irréductibles ont choisi de durcir leurs positions pour que le Premier Ministre, Chef du gouvernement, soit désigné par consensus. Avec ses prises de position parfois spectaculaires et qui attiraient l’attention du public, l’UFVN avait tendance à se fragiliser et le pouvoir a profité de la brèche pour nommer un Premier ministre qui n’avait pas été désigné par son parti. Le président François Bozizé, en mettant en place un gouvernement sans tenir compte des avis des uns et des autres, a provoqué l’électrochoc qui resserrera les rangs de l’opposition. Les dysfonctionnements de la Commission Electorale Indépendante (CEI) ont galvanisé l’UFVN et l’entité « Autres Partis » et certains mouvements politico-militaires de se retrouver pour créer le Collectif des Forces du Changement (CFC). Regroupant des Sommités intellectuelles avérées, le CFC a beaucoup œuvré pour le respect de la loi dans le cadre du processus électoral.
Acte de contrition dénué d’hypocrisie
Depuis la signature du Décret convoquant le Corps Electoral aux urnes, tous les partis politiques, que ce soit de la majorité présidentielle que de l’opposition, se préparent activement à aller à ces élections souvent annoncées et souvent reportées. Si dans la majorité présidentielle, un consensus se dégage autour d’un candidat unique pour le Palais de la Renaissance, mais cela ne semble pas le pas pour l’UFVN et le collectif des Forces du Changement. Des sons divergents émergent et on semble s’acheminer vers l’exemple de la Concertation des Forces Démocratiques (CFD) avec Goumba, Patassé et les autres candidats en 1992. L’exemple de ce qui se dessine est propre aux oppositions africaines et singulièrement à l’opposition centrafricaine. Les partis se regroupent, donnent un nom à leur association, souvent de circonstance, mais sans conviction et sans déterminer au préalable, une ligne idéologique. C’est vrai que dans ces regroupements politiques, tout le monde n’est pas dans le même état d’esprit.
Ceux qui savent ce qu’ils veulent et où ils devront aller adhèrent avec conviction, alors que d’autres le font par pur opportunisme. Certains leaders, bien qu’étant de l’opposition, préparent leurs bases pour courir à la mangeoire dès que l’occasion leur est donnée. C’est ainsi qu’au sein de ces regroupements de l’opposition, l’hypocrisie n’a jamais manqué. Des leaders assistent aux réunions de l’opposition, collectent des informations, qu’ils communiquent ensuite discrètement au pouvoir pour exploitation. Ce qui fragilise encore plus l’opposition, c’est que les partis, qui se retrouvent ensemble au sein des regroupements, traînent de vielles querelles et de vielles rancœurs dont ils n’arrivent pas à se départir.
Ce climat contribue à un climat de sérénité emprunt d’hypocrisie. Ceux qui, hier avaient farouchement combattu les régimes qui se sont succédé la tête du pays, se retrouvent avec les ténors de ces régimes autour d’une table et au sein d’un regroupement, faisant semblant d’avoir une convergence de vues des uns et des autres. Ont-ils vraiment fait leur mea culpa pour une réconciliation sincère ? Si les leaders de l’opposition ne se donnent pas la peine de se parler franchement, de se pardonner avec sincérité pour resserrer leurs rangs, des réticences sur fond de suspicion demeurent. Alors tous ces regroupements de circonstance ne sont que de la poudre aux yeux. En plus, non seulement ces regroupements brillent par un pilotage à vue, sans idéologies qui sous-tendent leurs actions, mais ils ne font jamais de bilan de leurs acquis ou de ce qu’ils auraient pu faire et ne l’ont pas fait.
Tout se passe comme si ces associations des partis politiques se regroupent et se disloquent au gré du vent et des humeurs du moment. Ce qui fait dire au Centrafricain lambda que toutes ces volontés de regroupements pour un combat politique ne sont que superfétatoires.