On a assisté ces derniers temps au décès de Me Goungaye, des suites d’un accident de circulation dont les circonstances restent floues. Il y a la cas du Gl. Baba Ladé, leader d’un mouvement rebelle tchadien extrait de la base M’Poko et transféré aux autorités tchadiennes. Du côté des Tchadiens, on est resté sans ses nouvelles pour savoir ce qu’il est devenu. Depuis le mois de décembre 2009, Assan Ousman est porté disparu et ses parents sont dans l’inquiétude ne sachant pas ce qui est fait de lui.
Le Colonel Charles Massi, leader de la CPJP, a été arrêté sur le territoire tchadien puis remis aux autorités centrafricaines. Selon des sources concordantes, ce dernier était placé en détention dans la prison de Bossemblélé, appelée encore la prison de Guatanamo. Les mêmes sources indiquent que Charles Massi a subi des tortures corporelles durant son séjour dans la maison carcérale de Bossembélé. Il aurait même eu un œil crevé au cours des supplices que les sbires du pouvoir lui ont infligé. Fort de son âge, ce dernier n’a pas pu résister pendant longtemps à cette épreuve. Mme Massi était descendue en urgence à Bangui pour en savoir plus et récupérer le corps de son mari afin de lui organiser des obsèques dignes. Malheureusement, celle-ci était expulsée le même jour sans pour autant qu’elle en sache davantage sur les conditions de disparition brutale de son époux.
C’est à son retour à Paris qu’elle va publier un communiqué de presse, de concert avec le bureau politique du FODEM, sur les circonstances de la disparition de son mari. La teneur du communiqué a décrit le fil des supplices qui ont été infligés à Charles Massi, dans la prison secrète de Bosembélé.
La disparition de Charles Massi vient s’ajouter à la longue listes des victimes du régime de l’homme fort de Bangui. Depuis le 15 mars 2003, on assiste à des disparitions de personnes et des exécutions sommaires des personnalités jusqu’au bas peuple ; quelques cas méritent d’être cités. L’assassinat de Yango Kapita et du sergent Sanzé, la disparition de Satan, recueilli dans le nord et dont les parents sont restés sans nouvelles jusqu’à ce jour, l’assassinat de Pascal Bembé et autres. La liste des victimes ne cesse de s’allonger. Tous ces cas d’assassinats, de disparition sont restés sans que le gouvernement commandite une enquête pour situer les parents ainsi que le public exaspérés. Tout se passe comme si on se trouve dans une jungle. La mort dans le pays de Barthélemy Boganda est devenue une banalité.
Il y a lieu de s’interroger également sur ce que les autorités centrafricaines, sensibilisées dans le respect des droits de l’homme et le droit humanitaire ont fait de ces notions. Les principes élémentaires du droit humanitaire international dispose que si une partie au conflit arrive à mettre la main sur son ennemi, elle doit le traiter non pas comme ennemi car, étant vaincu, il ne représente plus un danger pour son vis-à-vis. En Centrafrique les réalités sont tout autre. Même si quelqu’un commet un crime et cherche à se réfugier dans les locaux de la police, il est traité comme un ennemi.
Le cas du sergent Sanzé, réfugié dans les locaux du BONUCA, livré à la gendarmerie puis assassiné par les forces de défense et de sécurité, reste dans toutes les mémoires.
Pour ces différents cas, les auteurs sont connus de tous, mais aucune poursuite n’est engagée contre eux, même pas une enquête n’est diligentée pour déterminer les circonstances de ces assassinats. Sachant que la mission du gouvernement, selon les dispositions de loi fondamentale, consiste à protéger le peuple. Ce qui est inquiétant pour un Etat de droit et de démocratie. Aussi, il faut relever que la République Centrafricaine est dans le collimateur des activistes des droits de l’homme et de la CPI pour cause des multiples cas de crimes et les violations répétées des droits de l’homme dont les princes du pouvoir sont rendus responsables.
Cependant, l’on s’inquiète pour le financement du processus DDR, ce programme qui doit sceller la réconciliation entre les Centrafricains d’une part et ramener la paix dans le pays, d’autre part. Le plus souvent les bailleurs de fonds ne financent que les pays où les droits de l’homme sont respectés et les principes de la bonne gouvernance exécutés.
Le régime de l’homme du 15 mars 2003, le général-président, ne cesse de faire des victimes, non seulement parmi ses farouches opposants, mais aussi et surtout sur les défenseurs des droits de l’homme qui ne cessent de dénoncer les désidérata du pouvoir. N’est-ce pas une méthode pour museler les activistes des droits de l’homme qu’ils ne se prononcent plus sur les cas d’assassinats dans le pays et affaiblir aussi l’opposition au régime de Bangui ?
Les intellectuels, s’il en existe encore dans le pays, sont interpellés en premier lieu sur ce qui se passe dans le pays de Barthélemy Boganda. Les défenseurs des droits de l’homme, les leaders des partis politiques et tous ceux qui sont épris de paix, sont eux aussi interpellés. Il est temps de barrer la route à ce rouleau compresseur qui risque de faire de la République Centrafricaine un Etat policier et où les exécutions et disparitions des personnalités sont érigées en méthode de gouvernement.