Au départ Union Douanière Économique (UDE), elle est devenue l’Union Douanière et Économique de l’Afrique Centrale (UDEAC), avant d’avoir le statut actuel et devenir la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale avec des missions renforcées pour le développement des pays membres que sont le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, la République Centrafricaine et le Tchad. Depuis le dernier sommet de Yaoundé (Cameroun), au cours duquel le président Paul Biya a passé le témoin à son homologue centrafricain François Bozizé, les autorités centrafricaines ont commencé à réfléchir sur le rendez-vous de Bangui. C’est ainsi que plusieurs réunions préparatoires se sont déjà tenues dont celle du 31 juillet 2009, présidée par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, M. Faustin Archange Touadera.
Un plaidoyer orienté
A cette occasion, les différentes commissions ont présenté l’état d’avancement de leurs travaux. Le point le plus important a été l’examen du budget d’organisation du sommet. Et comme d’habitude, la presse, qui doit pourtant assurer une couverture correcte de cet événement d’importance, apparaît comme la damnée de la terre et réduite à la portion congrue.
Dans le plaidoyer fait à cette occasion par le Conseiller en Communication du Chef de l’État apparaissent certaines distorsions qui soulèvent des interrogations. Le confrère a milité pour que la presse présidentielle ait un budget et dans des propositions supérieures aux médias publics et privés. Même si la presse présidentielle assure la couverture exceptionnelle des événements auxquels prend part le chef de l’État, de quel moyen de diffusion dispose-t-elle ? Peut-elle être privilégiée par rapport à Radio - Centrafrique et Télé -Centrafrique qui abattent le gros du travail et qui seront mobilisés en cette période 24 h sur 24 ? Dans la pratique, la presse présidentielle ne pourra qu’assurer la couverture de l’ouverture du sommet, la cérémonie de clôture et le gala offert en l’honneur des Chefs d’État et de gouvernement présents et quelques audiences du Président de la République, qui rentrent dans ses attributions habituelles. Les autres médias seront mobilisés dès les travaux des experts, ensuite des ministres pour aboutir au sommet proprement dit. Dans ce cas, la différence de traitement ne s’explique pas.
Le scandale des prises en charge
Mais là où le bât blesse, c’est la place prépondérante qu’on tente d’accorder à des sociétés de presse privées, généralement venues de l’extérieur. Dans le plaidoyer, une chaîne de Télévision, AA Télé Sud devrait être invitée à couvrir le 10è sommet de la CEMAC. Un organe d’information qui recherche l’exclusivité pour son public n’a pas à être invitée pour couvrir un événement. Si cette consoeur, qui est une chaîne privée, débarque à Bangui, elle ne le fera pas comme une institution caritative. Elle aura les moyens de couvrir l’événement et de vendre les images recueillies à cette occasion. La RCA n’étant pas une vache à lait, cette pratique d’invitation des organes étrangers doit cesser. Souvent, en pareilles circonstances, on veut profiter de la naïveté des autorités centrafricaines pour se faire du beurre sur le Trésor Public. L’exemple du 2è anniversaire de la prestation de serment du Chef de l’État en Juin 2007 résonne encore dans les esprits. Des confrères étaient descendus à Bangui, invités par le gouvernement. Alors qu’ils avaient touché les frais de missions payés par leurs organes, ont été gracieusement pris en charge par l’État et même les notes d’hôtel ont été assurées dans les menus détails par le gouvernement. En plus de cette prise en charge aux petits soins avec des notes parfois salées, qui ont provoqué des scandales chez certains hôteliers, des enveloppes ont été distribuées à tour de bras avec des commissions au passage et pour quel résultats ? Le même scandale s’était produit récemment lors des célébrations du cinquantenaire de la proclamation de la République et du décès tragique du président - fondateur Barthélemy Boganda.
Des brimades difficiles à oublier
Selon les indiscrétions, ce sont toujours les mêmes, qui gravitent autour du Chef de l’État, qui organisent cette saignée déguisée de l’État centrafricain au détriment des médias locaux. Lors de la préparation du Dialogue Politique Inclusif, que n’avait-on pas promis à la presse centrafricaine ? Monts et merveilles, et en fin de compte les médias publics et privés ont eu la poudre aux yeux, quand on leur a demandé de s’organiser pour avoir les moyens d’accomplir leurs missions. C’est d’ailleurs ce que les médias ont fait malgré la modicité des moyens dont ils disposaient. Et pourtant, le dialogue politique inclusif a fonctionné sur un budget faramineux. A l’allure où vont les choses, va-t-on encore profiter de la naïveté et de la philanthropie des Centrafricains pour s’en faire plein les poches ? Le triste exemple du traitement infligé à la presse lors du DPI n’est pas prêt d’être oublié. Les éléments des médias, qui assuraient la couverture du forum inter centrafricain, ont dû attendre le 3è jour pour percevoir leurs piges dont les montants sont comparables aux dîmes de catéchistes alors que ceux qui avaient les per diem les plus consistants les percevaient quotidiennement. Ce ne sont nos collègues et confrères (journalistes et techniciens des médias publics) qui pourront nous démentir. Ils ont été logés à la même enseigne et ont subi les mêmes traitements vexatoires avec des propos parfois déplacés et des menaces d’arrestation. Qu’est-ce qui a changé depuis ? La couverture du 10è sommet de la CEMAC sera-t-elle une réédition copie certifiée conforme de ce que les médias publics et privés centrafricains ont déjà vécue ? Personne ne peut encore prophétiser et il faut attendre le moment des bilans. Ce sera peut-être trop tard, mais au moins la leçon aura été bien apprise pour édifier la presse centrafricaine sur son rang dans la société.