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Le Confident
 

Version web du quotidien privé et indépendant d'information. LE CONFIDENT, Surl - Directeur de Publication: Mathurin Momet - BP 427 Bangui - République Centrafricaine Tél.:+236 75 04 64 14 e-mail: leconfident2000@yahoo.fr

Samedi 11 Février 2012
8:23
SOCIETE

LES MILITAIRES EXASPERENT LES USAGERS DE L’OUBANGUI

Le calvaire que vivent les petits commerçants, les « chercher à manger », en remontant le fleuve de Ouango (Bangui) à Kouango n’a pas de nom. Les militaires des Forces Armées Centrafricaines (FACA), en détachement dans les postes de contrôle le long du fleuve, sont devenus de véritables « cerbères » pour les exploitants de pirogues, de baleinières et des tronçons qui empruntent cette voie.



Les militaires, pour se mettre plein les poches s’improvisent douaniers, agents phytosanitaires, policiers, gendarmes et autres. Ce racket organisé, volontairement soutenu par la hiérarchie, se pratique au vu et au su de tout le monde. A écouter les méfaits et les dégâts de ces militaires le long du fleuve, on écrirait un véritable roman dans lequel la mafia est entretenue d’en haut au détriment des plus faibles, c’est-à-dire du citoyen lambda. Les usagers de la voie fluviale, tellement les abus sont nombreux qu’ils ont même classé les postes de contrôle gérés par les militaires. Les postes qui s’illustrent par la boulimie du gain sont ceux particulièrement de Possel, Wanguidi (Ndoukou) et Kouango. Le récit des spoliations et des abus causés par les militaires le long de l’Oubangui est édifiant. Du départ de Ouango (Bangui) à Kouango, on ne compte pas moins de huit postes de contrôle.

Obstruction à la circulation
des personnes

Les exigences des militaires en poste et parfois les brutalités dans lesquelles ils excellent en cas de non paiement de ce qu’ils appellent « droits » constituent une entrave à la bonne circulation des personnes et des biens, contraires aux dispositions de la Constitution du 27 décembre. Figurent en bonne place, « les droits d’accostage » fixés à 500F CFA par poste et par pirogue et parfois 2000 à 3000 F pour les baleinières.

Pourquoi est-ce que ces fameux droits d’accostage seraient exigés alors qu’on est sur le territoire national. Ce droit figure t-il dans la loi des Finances ? La réponse est catégorique de la part des régies financières, notamment des agents de la fiscalité que nous avons rencontrés au cours de cette petite enquête. La réponse est « Non ». Donc ces droits d’accostage n’existent que dans l’esprit inventif des militaires en poste le long du fleuve de Bangui à Kouango. Parmi ces postes figurent ceux de Ouango-Sao, Mboko, Modale, Danga, Mbata, Possel, Wanguidi et enfin Kouango. Dans chacun de ces postes chaque pirogue doit débourser 500 F CFA et chaque baleinière, un montant plus élevé.

Ces droits sont perçus sans quittances officielles sur des bouts de papier insignifiants, qui n’ont aucune valeur juridique. Mais s’il vous arrivé d’emprunter la voie fluviale sans papier, sans pièce d’identité nationale qui ne couvre pas encore toutes les provinces, vous devez préparer une enveloppe consistante, car des surprises pour le moins désagréables vous attendent. Les hommes se trainant sans pièces d’identité doivent débourser 1000 F en plus des droits d’accostage sauf à Possel, Wanguidé et Kouango pour le montant des « pénalités » est élevé à 3000 F.

Une faillite programmée
Généralement, ceux qui empruntent cette voie fluviale en amont du fleuve sont des petits commerçants ou des « débrouillards », qui cherchent à avoir un capital suffisant pour évoluer. Mais généralement, avec la multitude des frais à payer tout le long du fleuve, après trois ou quatre voyages, ils sont étouffés parce que les différents droits imposés par les militaires leur avalent tous les bénéfices et rongent de manière drastique le capital. Les exemples de Possel, Wanguidi et Kouango sont exténuants pour les petits commerçants. A ces postes, qui s’illustrent par une escroquerie extrême, en plus de 500 F de droits d’accostage pour les pirogues, 2000 à 3000 pour les baleinières et 3000 F systématiquement pour les hommes sans pièces, toutes les marchandises doivent être dédouanées comme si on effectuait un commerce transfrontalier.

Les redevances sont fixées ainsi qu’il suit : le sac de farine à 1000 F, le sac de sel, 100 F, la bobine de fil à pêche, 100 F, le carton de savon à 100 F, le sac de sucre petit modèle à 1000 F et le grand modèle à 2000 F. ces droits étouffent les petits commerçants et contribuent à tarir les initiatives privées. Dès que vous avez un poste radio en provenance de Bangui, même si vous avez la facture en bonne et due forme, les militaires vous exigent des droits. C’est ainsi que le long du fleuve en amont, les postes radio sont rarissimes et les populations ne peuvent pas suivre les informations, même les messages gouvernementaux. Ainsi va la vie le long du fleuve en amont de l’Oubangui.

Le gouvernement discrédité
De Kouango à Bangui, lors du trajet retour des pirogues, tous les droits d’accostage et les autres taxes inventés par les militaires aux fins d’enrichissement illicite sont relevés. Ils sont de 1000 F par pirogue et par poste et de 3000 F par poste et par personne ne disposant pas de pièces d’identité.

Avec ce système devant lequel les autorités demeurent insensibles, beaucoup de « koli, ouali gala » ont été obligés de déposer le bilan parce que, complètement asphyxiés par les taxes inventées de toutes pièces et des droits qui existent nulle part. Le silence et la caution du gouvernement sont mis en cause par les populations le long du fleuve, alors que ces militaires en détachement perçoivent leurs primes globales d’alimentation et leurs salaires. Les postes de contrôle le long du fleuve sont transformés en une sorte de barrières illégales. Ces militaires ont été envoyés pour la sécurité de nos frontières au lieu de se transformer en bourreaux des populations et des usagers de la voie fluviale.

Les autorités, la population et les exploitants de pirogues et de baleinières se plaignent souvent pour des accidents mortels qui font perdre la vie à de nombreux Centrafricains. Les raisons de ces sinistres sont très simples et crèvent les yeux. Les rackets et la spoliation de la part des militaires obligent dorénavant les exploitants de baleinières et de pirogue à voyager la nuit et, à l’approche des postes de contrôle, à éteindre les moteurs et les risques sont grands. Parfois, de nuit, les baleinières empruntent l’autre rive du côté de la République Démocratique du Congo. De ce côté-là aussi, les risques sont grands d’être appréhendés par les militaires congolais qui vident les pirogues et les baleinières sans autre forme de procès. En plein milieu de la nuit, au large, les moteurs éteints, les baleinières courent le grand risque de heurter des seuils rocheux et de chavirer. Les militaires, le long du fleuve, surtout en amont, en leurs comportements et leur avidité, exposent les populations et les usagers.

Mais finalement, ce sont la hiérarchie militaire et le gouvernement, qui laissent faire, qui sont discrédités. Des mesures s’imposent si les autorités veulent redorer leur blason.


Dinawade Mokambo Jr
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Mercredi 11 Août 2010

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