Tout se passe comme si subitement on avait réveillé les vieux démons des questions controversées. Les positions des uns et des autres sont tellement tranchées qu’on se croirait même aux premières des préparatifs du Dialogue Politique Inclusif.
Les tergiversations des uns et des autres ont fini par début sur un consensus qui a permis la tenue des assises du DPI. Mais cette question des élections est cruciale et semble diviser fondamentalement. D’un côté, le camp présidentiel qui, malgré les aléas qui peuvent joncher le parcours du processus électoral, affiche parfois un optimisme audacieux et démesuré.
De l’autre, l’opposition démocratique et certaines formations qui, jusque-là, semblaient défendre les actions du Chef de l’Etat, mais qui se sont senties frustrées par les propositions faites par la Commission Electorale Indépendante (CEI) au Chef de l’Etat.
Liste électorale complètement dépassée
Le 25 Avril 2010 pour certains semble loin et pour d’autres n’est vraiment pas loin, car les joutes électorales devront commencer à partir du dimanche 12 Avril 2010. Certains partis politiques ont déjà eu le soin et le temps de se préparer et ils sont rares. De l’avis général, ces élections, compte tenu de leurs dimensions et importances, et compte tenu de la morosité de la situation sécuritaire dans le pays, n’auraient pas dû être fixées à cette date. La campagne risque de connaître d’énormes problèmes de liberté de circulation, car les groupes politico-militaires ont encore leurs barrières et certains, dans les zones où ils sont installés, ont introduit une administration parallèle avec parfois des zones de non-droit qui ne faciliteront pas les choses. Si ce problème de sécurité constitue un écueil sérieux, celui de l’électorat pose le plus de problèmes.
La Commission Electorale Indépendante, très naïvement, veut reconduire les listes des élections de 2005 comme bases électorales. Ces listes sont dépassées par les événements que notre pays a connus et n’ont pas été actualisées depuis comme cela se fait dans d’autres pays. Ce sont les listes électorales qui ont failli provoquer des problèmes récemment en Côte d’Ivoire. Pour le cas de la République Centrafricaine, les jeunes, qui avaient treize ans en 2005, 14, 15, 16, 17 ans, ont largement dépassé la majorité. Ils n’ont jamais été recensés, donc ne peuvent pas figurer sur les listes électorales. Les citoyens décédés n’ont pas été rayés, tout comme le cas de ceux qui entre-temps ont voyagé ou changé de domicile, pour ne pas parler des exilés et déplacés internes.
Déclarations en jeu de ping-pong
La date des élections de 2010, si elle arrange certains, a provoqué l’ire de nombreux hommes politiques qui s’en donnent à cœur joie à travers les déclarations. Une des grandes figures à monter au créneau est M. Auguste Boukanga, de l’URD. Ce leader, non content de la précipitation avec laquelle la date des élections a été fixée, a publié une déclaration pour dénoncer le Décret présidentiel qui fixe la date des élections du 25 avril 2010. Le camp présidentiel, à l’opposé des autres, tient ferme pour que les élections, malgré certaines vicissitudes, aient lieu le 25 avril 2010. Récemment M. Fidèle Gouandjika, ministre du Développement Rural, s’improvisant porte-parole du gouvernement, a déclaré avec insistance que les élections auront bel et bien lieu à la date prévue par le président de la République, Chef de l’Etat. Dans ce qui ressemble fort à un jeu de ping-pong des déclarations des hommes politiques centrafricains, l’observateur perd quelque peu son latin. La passion en cette période pré-électorale augure déjà de l’ambiance qui prévaudrait si ces élections devaient être maintenues au 25 avril 2010. La photographie est déjà l’affluence des déclarations qui se contredisent à l’instar des pongistes qui envoient la petite balle d’un côté comme de l’autre.