A quelque mois desdites échéances que nous avions toujours considérées comme celles de tous les dangers, les états-majors des différents partis politiques centrafricains affûtent leurs armes de combat pour ne pas être surpris par cette dame communément appelée « Inconnue ». De la majorité présidentielle en passant par l’opposition démocratique que l’opposition armée, chacun, en ce qui le concerne peaufine les derniers détails de cette lutte acharnée qui finira si l’on s’en tient au principe en Juin 2010.
Des forces de l’Opposition
Si l’opposition démocratique, réunie sous cette bannière de « Forces du Progrès », essaie de présenter un visage uni à l’heure actuelle, celle-ci, quoiqu’il en soit, volera en éclats lorsque les choses sérieuses vont commencer. C’est un scénario irréversible d’autant plus que l’expérience a démontré qu’en Centrafrique, l’opposition a toujours été unie lorsqu’il est question de combattre les tentatives de caporalisation ou de verrouillage orchestré par le pouvoir central. Mais désunie lorsqu’il sera question de choisir un candidat unique pouvant défendre les couleurs de cette opposition. Car, au sein même de cette opposition de façade qui comprend en son sein l’Union des Forces Vives de la Nation (UFVN) et l’union des Autres Partis (UAP), il y a bien entendu des sommités qui se voient déjà « président » ou du moins, capables de représenter l’opposition si la question d’un candidat unique se posait. Déjà, le MLPC de Martin Ziguélé l’a plébiscité pour défendre ses couleurs en 2010. Le Rassemblement Démocratique Centrafricain emboîtera certainement les pas au MLPC en plébiscitant une fois de plus le vieux loup de la politique centrafricaine, le général d’Armée André Kolingba car, en Centrafrique, comme le disait feu Pr. Abel Goumba, on n’est jamais fatigué en politique. Mis à part ces deux prétendants dont la base se voue sous boisseau une haine réciproque, il y a bien entendu Me Nicolas Tiangaye, de la Convention Républicaine pour le Progrès Social (CRPS), qui a créé son parti politique, non pas pour accompagner les autres comme bon nombre de partis politiques alimentaires de Centrafrique mais, pour briguer bel et bien le suffrage du peuple centrafricain. Il y a aussi Me Crépin Mboli-Goumba , avec son Parti Africain pour une Transformation Radicale et l’Intégration des Etats (PATRIE), qui lui ne serait pas partant pour la présidentielle (sauf erreur de notre part car étant déjà membre de la CEI), mais se battrait pour les législatives afin de dépasser la barre fatidique de cinq députés comme prévu par l’Ordonnance relative aux partis politiques et se soustraire ainsi au couperet de ladite Ordonnance, synonyme de disparition. Bien entendu, mis à part Maïtres Tiangaye et Mboli-Goumba, il y a le Coordonnateur de l’UFVN, Me Henri Pouzère, qui n’a pas encore dit son dernier mot et qui pourrait créer la surprise en annonçant aussi sa candidature, tout comme Olivier Gabirault qui a totalement disparu de l’échiquier politique national. Puisqu’il est dit qu’il n’y a aucune logique en politique, les trucs se négocient souvent à prix d’or et dans la plus grande discrétion. Stratégie politique oblige.
Des mouvements rebelles
Si Jean-Jacques Demafouth, président de la rébellion de l’Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie (APRD), affiche clairement ses ambitions pour 2010, la dynamique ainsi créée par la rébellion n’émeut pas vraiment d’autres leaders rebelles comme Abdoulaye Miskine, Abakar Sabone, Hassan Ousman, Zacharia Damane…qui ne pourraient pas se lancer dans cette course effrénée à la Magistrature suprême de l’Etat. La plupart des soi-disant leaders rebelles suscités rouleraient certainement pour l’actuel président François Bozizé mais, pas à n’importe quel prix. Leurs soutiens se négocieraient, soit au prix des espèces sonnantes et trébuchantes, soit au prix des postes ministériels ou autres avantages. C’est cela le « real politik », soutient-on du côté des partis alimentaires de la majorité présidentielle, car on ne fait pas la politique avec le ventre vide, à plus forte raison en Centrafrique
De la mouvance présidentielle
Du côté de la majorité présidentielle, ce sera sans nul doute de la cacophonie, tant les partis politiques alimentaires qui avaient soutenu la candidature de François Bozizé en 2005, devront cette fois-ci se rendre à l’évidence et faire un choix judicieux. L’actuel maître de Bangui a désormais son parti politique, le KNK (Kwa Na Kwa), qui s’attelle déjà avec tous les moyens, y compris les stratégies de fraudes pour la réélection de son candidat. Et le Parti Démocratique Centrafricain (PDCA), de Jean Serge Ouafio, le Parti National pour un Centrafrique nouveau (PNCN), de Cyriaque Gonda, ou encore l’Union pour une Majorité Présidentielle de Centrafrique de Yvonne Mboissona n’auront qu’un seul choix : soutenir la candidature de l’actuel président pour continuer (s’il est réélu) à bénéficier des privilèges à eux accordés par François Bozizé. Pour ces partis suscités, ils devront se battre contre vents et marées pour les législatives, sinon ils seront appelés à se soumettre au couperet de l’Ordonnance relative aux partis politiques.
Des indépendants
Outre Elois Anguimaté, le tout premier candidat déclaré aux élections de 2010, il faudra probablement compter avec le très tonitruant Ange Félix Patassé de retour dans son pays après un exil de plus de 6 ans au Togo. L’ancien président, qui affiche clairement ses ambitions de reconquérir son fauteuil présidentiel sera certainement privé de la machine électorale du MLPC. Mais il pourrait bien compter sur l’ignorance et la naïveté des Centrafricaines et Centrafricains. Puisqu’il est établi qu’en Centrafrique, les électeurs ne se fondent pas sur les programmes des candidats pour leur accorder leur suffrage mais sur leurs appartenances ethniques. Ce qui aura pour conséquence la fraction des pourcentages nécessaires à l’élection du président de la République. Avec, comme effet immédiat, l’impossibilité de l’élection d’un candidat dès le premier tour des scrutins. Ce qui sous-tend que celui qui sera élu président de la République Centrafricaine, le sera quoi qu’il en soit au second tour à moins que la Commission électorale indépendante (CEI), du pasteur Binguimalet, et la Cour constitutionnelle de Marcel Malonga, nous réservent bien d’autres surprises. Qu’à cela ne tienne et en attendant que d’autres inconnues sortent de nulle part pour annoncer tambours battants leur candidature afin d’en faire une monnaie d’échange avec le nouvel élu de 2010 (si les élections se tiennent), croisons les bras et apprécions sereinement les scénarii probables en 2010.