Parmi les violations ciblées par les avocats, nous pouvons citer pêle-mêle la violation du principe de la présomption d’innocence, l’inobservation des règles de procédure pénale; la violation répétée par le parquet de la République du principe de l’inviolabilité des Cabinets et domiciles des avocats. Des principes fondamentaux dont la violation entraine inéluctablement des troubles dans la société centrafricaine.
La saga politico-judiciaire de l’affaire Rayan
Et l’affaire Rayan devenue par la force des choses une saga politico-judiciaire en est un puisque c’est l’autorité légale ici représentée par François Bozizé qui s’investit personnellement dans les recherches des voies et moyens pouvant lui permettre de régler à sa manière, cette affaire qui pollue l’atmosphère et pour laquelle, des compatriotes centrafricains pourtant bénéficiaires de la présomption d’innocence, croupissent actuellement à Bossembélé dans la tristement célèbre prison, connue sous l’appellation du « guantanamo centrafricain».
Pour Me Mathias Barthelemy Morouba, nous sommes en train de vivre une situation quasiment dramatique. Car « on ne peut pas comprendre qu’en soit en 2010 en train de vouloir célébrer le cinquantenaire de l’accession à l’Indépendance de notre pays et voir le parquet de Bangui se comporter comme si on était encore à l’époque de la colonisation », a par ailleurs ajouté Me Morouba car pour lui, depuis les indépendances jusqu’à nos jours, rien a changé.
Et l’arbitraire redevient le principe
Le Code de procédure pénale centrafricain qui vient à peine d’être promulgué prévoit clairement les conditions dans lesquelles, un citoyen peut-être arrêté. Ceci étant, mentionne Me Morouba, tout citoyen arrêté par la Gendarmerie, la Police (les ceci et cela disons-le ainsi), doit être assisté lors de son audition par un avocat de son choix, se faire examiner par un médecin de son choix et avoir accès à ses parents. Mais la méthode utilisée par le Parquet de Bangui d’ailleurs non pas prévue par la loi, constitue une violation flagrante des droits de la défense.
Comment pouvez-vous imaginer que des gens qui sont présumés coupables dans une affaire ne puissent pas avoir accès à leurs parents ? N’y-a-t-il pas d’Officiers de Police Judiciaire compétents à Bangui ? N’y-a-t-il pas de tribunaux compétents pour traiter de cette affaire ici à Bangui ? N’y-a-t-il pas de lieux de détention ici à Bangui ? Des questionnements de Me Mathias Barthelemy Morouba ici partagés par bon nombre de compatriotes qui n’arrivent pas à concevoir et à admettre cette manière d’agir des responsables politiques centrafricains visiblement aux abois et déterminés à utiliser la méthode forte pour intimider tous ceux qui ne s’alignent pas sur leur logique. A plus forte raison que ceux qui le font sont illégitimes. Une illégitimité qui fait de la République centrafricaine, un Etat de non droit, une « république bananière », une jungle où les plus forts comme ont le droit de dévorer les plus faibles sachant pertinemment que c’est désormais à la mode que pour un rien, on est toujours prêt à dépiécer les autres, faisant ainsi de notre pays, une république des dépeceurs comme le dirait l’autre.
L’affaire Rayan, la face immergée de l’iceberg
On en verra de toutes les couleurs avec cette affaire Rayan, du nom du propriétaire du supermarché incendié dans des conditions non encore élucidées à ce jour. Une affaire pour laquelle François Bozizé s’est engagé corps et âmes à tout mettre en œuvre pour trouver les « auteurs » de ce désastre et en faire ce qu’il veut. « On ne badine pas avec les bandits, les criminels », s’exclamait-il dans son discours de fin de mandat. Ce qui annonce déjà les couleurs du climat politique dans les jours à venir étant entendu que le terrorisme d’Etat pour ne pas dire le gangstérisme d’Etat est de retour et il n’y aura plus de carotte mais que des bâtons. Ce bâton, qui devrait visiblement « frappé à mort » le bâtonnier Me Symphorien Balemby si l’on s’en tient aux informations qui circulent sous manteau et en provenance de la présidence de la République et notamment de la garde présidentielle. Car, bien au-delà de l’affaire dite Rayan, les rumeurs font état de ce que les autorités centrafricaines auraient l’intention d’en finir avec Me Balemby qui, avec quelques confrères centrafricains ont été constitués pour assurer la défense de sieur Bemba qui croupit depuis plusieurs semaines dans les geôles de la Cour pénale internationale. On le sait d’ailleurs que le pouvoir de Bangui milite activement pour que le chef rebelle du MLC soit jugé et condamné pour les crimes internationaux commis en Centrafrique en 2002. Mais comme le couteau de la CPI est à double tranchant, on ne sait jamais si elle peut un jour se retourner contre l’autre. Raison pour laquelle il n’arrive pas à concevoir que ce soit un avocat centrafricain qui puisse accepter défendre Bemba qui, visiblement apparait pour lui comme un véritable cauchemar.
Et comme la République est devenue ce qu’elle est avec cette volonté affichée pour la « dorokoture », comme le dirait l’autre, la justice ne devait-elle pas être le dernier rempart du citoyen ? Nous ne sommes pas dans une jungle et nous ne voulons pas de la jungle en Centrafrique, conclut Me Morouba.