La présence du membre du gouvernement avait suscité l’espoir de négociations avec un des derniers mouvements de rébellion dans le nord du pays. Il s’agissait donc de nouer des contacts directs entre un membre du gouvernement et la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP). De Bertoua où le ministre Elie Ouefio était en mission, il a été joint au téléphone par une autorité de la CPJP qui sollicitait de rencontrer très rapidement le ministre en charge de l’Administration du Territoire. Ce contact avait été assorti de menaces de la part de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix qui voulait user de représailles contre trois localités. Le membre du gouvernement, face à cette situation très délicate, a rendu compte de cet appel à l’autorité suprême.
Les atermoiements n’ont pas permis la rencontre
L’instance de la CPJP s’est fait pressante car, de Bouar, le ministre Elie Oueifio a encore a été joint au téléphone. Dès l’arrivée du Chef de Département de l’Administration du Territoire à Bangui, la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix a réitéré son désir de rencontrer le ministre Elie Oueifio. De Kaga-Bandoro en route pour Ndélé, un leader de la CPJP a envoyé un message au ministre de l’Administration du Territoire pour une urgence. A ce niveau, le contact avec la CPJP n’a pu être possible compte tenu des difficultés de communication téléphoniques. A Ndélé, le membre du gouvernement a aussitôt envoyé des émissaires à la base de la CPJP à Akroub- Soulbak. Mais le mouvement rebelle dans sa réponse a différé la date de la rencontre la repoussant jusqu’au vendredi 19 février 2010. Et c’est là qu’ont commencé à naître les premières complications. Au lieu que la rencontre ait lieu à Ndélé, le Chef-lieu de la préfecture comme initialement prévu, les responsables de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix, craignant peut-être pour leur sécurité, ont souhaité recevoir le membre du gouvernement à leur base d’Akroub-Soulbak, située à 80 Km de Ndélé. Ces atermoiements ne pouvaient continuer à être tolérés par le ministre Elie Oueifio dont le calendrier ne pouvait se prêter à une telle gymnastique.
La CPJP préfère un terrain neutre
Le membre du gouvernement, ne pouvant séjourner de manière trop prolongée à Ndélé, a donc pris la décision de regagner la capitale. Pour le ministre en charge de l’Administration du Territoire, tout espoir n’est pas perdu. L’essentiel est la volonté de dialogue manifestée par la CPJP et qui a rencontré l’agrément du gouvernement. La rébellion de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix et la présence des éléments de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) dans le Haut-Mbomou et qui font des percées dorénavant dans le Mbomou constituent de grosses épines dans le pied du gouvernement en matière sécuritaire.
Le hic, surtout en ce qui concerne la CPJP, ce sont les exigences du mouvement rebelle. Dans la mesure où des premiers contacts officiels n’ont pu encore avoir lieu entre le gouvernement et les représentants du mouvement, ces exigences ne sont encore pas connues. Mais bien auparavant, la CPJP avait déjà, après l’attaque de N’délé de novembre 2009, désigné un négociateur. Dans les communiqués du mouvement il était certes question de négociations, mais en terrain neutre. La CPJP souhaitait que les pourparlers aient lieu en terrain neutre. Le Mouvement rebelle visait pour cela la capitale tchadienne afin d’officialiser les négociations sanctionnées par un protocole d’accord qui s’impose à toutes les parties.
Les points de vue se rapprochent
L’idée d’un dialogue avec le gouvernement centrafricain avait été émise par la CPJP depuis le début de l’année 2009. Le mouvement rebelle avait adressé des correspondances aux Chefs d’Etat de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et à ceux des pays membres de la CEN-SAD. Dans ces correspondances, la CPJP souhaitait que les négociations aient lieu sous la supervision du président Deby-Itno du Tchad. Mais les évènements de Bossembelé avaient amené le gouvernement centrafricain à durcir ses positions. Entre temps, le Sultan de Ndélé avait été mandaté pour conduire les négociations avec le groupe rebelle. Ces contacts n’ont pas connu d’avancées, car la CPJP exigeait des contacts directs avec un plénipotentiaire désigné par le gouvernement. Les autorités centrafricaines redoutaient de négocier avec M. Charles Massi qui, à l’époque, dirigeait l’aile politique de la CPJP. Ne voulant pas être confinée dans l’oubli, la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix avait lancé l’attaque de Ndélé du 26 novembre 2009 qui avait à l’époque fait grand bruit. Les combattants de la CPJP avait occupé pour quelques heures le chef-lieu du Bamingui-Bangoran avant de se retenir. Depuis, avec le réaménagement opéré au sein de son équipe dirigeante, la CPJP avait désigné un négociateur, écartant ainsi le Colonel Charles Massi, considéré à l’époque comme indésirable par le gouvernement. Le Chef rebelle ayant été porté disparu, la CPJP est revenue à la charge pour des négociations.
Mais là où le bât blesse c’est le choix du lieu. A ce sujet, le ministre Elie Oueifio ne semble pas faire d’objection après l’échec de la rencontre de Ndélé. Selon le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, ce n’est que partie remise et il sera convenu avec la CPJP d’une date et d’un lieu en terrain neutre pour les prochaines négociations. Les points de vue du gouvernement et de la CPJP semblent se rapprocher et le plus tôt sera le mieux dans l’intérêt de la paix en Centrafrique.