Arrivée à la fin de son séjour elle a tenu une conférence de presse le jeudi 18 février 2010 dans la salle de conférence du BINUCA à Bangui devant un parterre de journalistes. Siégeaient à côté d’elle, SE Mme Sahlé-Work Zewde, Représentante Spéciale du Secrétaire général des Nations Unies (RSSGNU) et M. Renner Onana, interprète.
D’entrée de jeu, Mme Pillay dans son propos liminaire s’estime honorée d’être la première Haut Commissaire aux droits de l’homme à effectuer une visite officielle en RCA et en remercie le gouvernement centrafricain pour l’invitation.
Elle poursuit en évoquant la série d’entretiens qu’elle a eus avec le Premier Ministre, le Ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Justice et le Ministre d’Etat, Conseiller personnel du Chef de l’Etat et des responsables non des moindres, entretiens qu’elle estime fructueux. Elle a étendu ses contacts à la société civile qu’elle a rencontrée pour un entretien dans la salle de conférence du BINUCA.
De tous ces contacts et entretiens il ressort que les droits de l’Homme connaissent encore des faiblesses quant à leur application en RCA.
Pour Mme Pillay, les prochaines échéances électorales offrent à la RCA une opportunité inestimable de prouver à la communauté internationale sa capacité de mener efficacement un processus électoral sans faille, dans la clarté et la transparence, ce qui conduira le pays vers une paix durable et un avenir démocratique. La paix, la sécurité et le développement dépendent intimement du respect des droits de l’Homme, a-t-elle scandé.
La Haut Commissaire exhorte tous les protagonistes de la scène politique centrafricaine et la CEI à taire leurs divergences et à se mettre ensemble pour crédibiliser les résultats des élections. Pour ce faire, la liberté d’expression, le droit de se réunir devraient prévaloir avant, pendant et après les élections. Aussi le travail de journaliste revêt un caractère capital pendant cette période de marche vers la paix et la démocratie. La neutralité et l’esprit critique doivent être le leitmotiv des médias en ce moment crucial.
Selon Mme Pillay, la RCA est confrontée à plusieurs défis tant extrémis qu’internes du fait des conflits sur le territoire national et des effets collatéraux des remous sociaux que connaissent ses voisins. Les conflits inter-ethniques du Nord du pays et les troubles causés par la LRA à l’Est causent une psychose à la population et constituent des défis majeurs susceptibles d’entraver la bonne marche du processus électoral. Mme Pillay reconnait qu’il y a eu des avancées significatives réalisées par le gouvernement qui fait montre d’une volonté manifeste de collaborer avec le système des Nations Unies pour la mise en œuvre des principes fondamentaux des droits de l’Homme et cela s’est manifesté lors du conseil des droits de l’Homme à Genève en Mai 2009.
La récente révision par l’Assemblée Nationale du code pénal et du code de procédure pénale qui amélioreront la pratique de la justice en RCA et assureront l’indépendance de la magistrature et la lutte contre l’impunité est un signe fort que Mme Pillay encourage et félicite.
L’impunité, aux dires de Mme Pillay constitue une violation flagrante des droits de l’Homme car tout crime, toute infraction doivent être réprimés par la loi et elle exhorte le gouvernement à y veiller. Les exécutions sommaires, les disparitions forcées, les arrestations et détentions arbitraires et les sévices exercés sur des personnes arrêtées sont d’autant des cas de violations des droits de l’homme perpétrées par les institutions étatiques de sécurité et de défense. On doit mettre fin à ces pratiques obsolètes excessivement graves.
Les violences sexuelles, les mutilations génitales féminines, le phénomène de sorcellerie imputé aux femmes et le recrutement des enfants soldats dans les rangs des troupes non conventionnelles constituent une grave violation aux droits de l’homme et les gouvernements doivent tout mettre en œuvre pour éradiquer ces pratiques, punir ces crimes et exiger des réparations aux victimes selon les cas.
Une sensibilisation de toutes les couches sociales sur leurs droits s’impose.
On devrait créer une institution nationale des droits de l’homme en conformité avec les normes internationales, forte et indépendante pour conforter et améliorer la situation des droits de l’homme dans le pays.
Mme Pillay clôt son intervention en exprimant le vœu de voir le gouvernement centrafricain relever les défis auxquels il est confronté dont le plus important à l’heure actuelle est la tenue des élections claires et transparentes.
Pour elle, il faudra après renforcer l’état de droit et le système judiciaire, mettre fin à l’impunité surtout au sein des autorités étatiques, des forces armées pour juguler la violence et l’exploitation afin de créer un environnement viable pour le peuple centrafricain. Elle remercie le gouvernement centrafricain et le peuple centrafricain pour l’accueil chaleureux et espère revenir dans un avenir proche.
Après cet exposé, Mme Pillay s’est prêtée aux questions des hommes des médias dont l’une des plus importantes reposait sur la position du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme sur le cas Massi. Elle y a répondu en disant qu’à travers ses entretiens avec les hautes autorités du pays, elle a demandé que la lumière soit faite sur ce problème épineux qui risque d’occulter le climat politique centrafricain.
D’autres questions relatives à l’implication de sa structure dans la résolution des violations des droits de l’homme ont été posées et ont trouvé des solutions satisfaisantes.
Mme Sahlé Work Zewde, Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies en Centrafrique a pris la parole pour clarifier certains points, à la satisfaction de tous.
Sur ce, la conférence de presse prit fin ce jour 18 février 2010 vers 17h 45.
Puissent ces conseils aider nos gouvernants à renforcer l’application des droits de l’Homme en RCA pour le meilleur devenir du peuple centrafricain en marche vers son développement.